Be-Fast sauve deux vies en Haïti

Vendredi, 7h du matin. L’hôpital de campagne de Be-Fast ouvre ses portes. Les gens entrent un par un. "Nous ne pouvons accepter tout le monde pour des soins, ou sinon nous serons vite débordés". Haïti: Les vidéos de la catastrophe Goreux veut aider le pays qui l’a vu naître Réunion "de famille" pour les Haïtiens de Belgique Il faut relativiser le risque d’épidémies Une famille namuroise angoissée Haïti: des craintes pour trois Belges Haïti en images

Gilles Milecan
Be-Fast sauve deux vies en Haïti
©AP

Envoyé spécial en Haïti

Vendredi, 7h du matin. L’hôpital de campagne de Be-Fast ouvre ses portes. Les gens entrent un par un.

"Nous ne pouvons accepter tout le monde pour des soins, ou sinon nous serons vite débordés" explique Geert Ghys, coordinateur en chef de Be-Fast. La nouvelle se répand dans les environs. Les gens présentent des blessés de plus en plus nombreux. Deux traducteurs ont été dénichés. Le chaos est indescriptible dans le parc autour de l’hôpital de la Paix de Port-au-Prince, alors que les équipes médicales locales tentent de gérer la situation au mieux. Les blessés s’installent sur des chaises et des tables ou même des portes miteuses. Gémissements et odeur d’infections emplissent l’air. Les tentes de Be-Fast offrent un autre cadre. Même si les mouches viennent aussi énerver les blessés allongés sur les civières.

Une femme arrive, une jambe emballée dans un carton ficelé de lacets blancs. elle gémit de plus en plus fort à chaque coup de ciseaux utilisés pour cicatriser la plaie. Dans l’espace stérile de la tente voisine, deux médecins soignent un enfant d’une dizaine d’années. Ils font le maximum pour diminuer la pression sanguine de la jambe droite et conserver la viabilité de ce membre.

A l’entrée du parc, les discussions n’en finissent plus. Où ? Combien ? Quand ? C’est ce qui importe le plus. Pour Geert Ghys cela ne va jamais assez vite, et cela doit pourtant aller vite. Deux autres équipes sont occupées dans le centre-ville. Plus loin, une dame a sa jambe coincée sous une dalle de béton. "Il faut couper sa jambe sur place, je préfère ne pas lui mentir" explique Jean-Marie, secouriste de Be-Fast. "Il faut aussi éviter qu’une fois la jambe dégagée, les toxines se libèrent dans le reste du corps."

Une autre équipe est occupée à débloquer une personne emmurée chez elle. La vérité sera un peu différente. C’est toute une famille nombreuse qui est coincée par les gravats. Deux autres Haïtiens sont repérés lors d’une sortie de maîtres-chiens. L’un d’eux, Jean-Marie Ceulemans, raconte une fois la nuit tombée : "Les gens demandent de l’eau, de la nourriture, des médicaments. Le travail des chiens-pisteurs est difficile, car l’odeur des morts est plus puissante que celle des vivants. Surtout, il est très difficile d’expliquer qu’on arrête, car il n’y a plus d’espoir de vie, alors que tous sont convaincus que les disparus sont encore vivants sous les décombres."

11h. Nouvelle mission pour les maîtres-chiens. Le bus des nations Unies dans lequel ils ont embarqué tente de se faufiler dans la circulation. Arrivée à destination, près du port, une équipe de Be-Fast dégage la femme que les chiens ont repérée la veille. Ils donnent un coup de main pour déplacer une dalle de béton. Les vapeurs de la tronçonneuse d’un sauveteur, conjuguées avec l’odeur des morts le font vomir. Les gens se promènent dans les rues jonchées de cadavres sans y prêter attention. Deux couples transportent des bananes. Si tout le monde affirme qu’il n’y a plus rien dans magasins, ces quatre-là le démentent. Les gens sont calmes.

"Le calme avant la tempête", présage Alix Pierre-Louis, belge d’origine haïtienne en vacances sur l’île et en quête d’un avion de rapatriement. Places et parcs publics sont bondés de tentes de fortune. Quatre pieux en bois et un tissu tendu entre eux. C’est là que s’abritent ceux qui ont perdu le peu qu’ils avaient et souvent plusieurs membres de leur famille. Ils ont un sac avec ce qu’ils ont pu recupérer. Sur les "lasagnes" que sont devenus les bâtiments plus volumineux, de petits groupes déblaient avec un espoir sans faille, munis de petits marteaux ou de tout ce qui peut briser du béton de mauvaise qualité. Naturellement, ces groupes demandent où se trouvent l’aide internationale. "Pourquoi les sauveteurs ne s’arrêtent pas là ?"

La veille, après avoir répété le criant besoin d’eau potable et de génie civil, l’ambassadeur de France espérait que la catastrophe pose la question de l’urbanisation et des moyens de construction. Il prenait l’exemple de l’hôtel Oloffson, qui, entièrement construit en bois, a résisté à la catastrophe.