Xynthia, conjonction dévastatrice de la mer et du vent

Le caractère dévastateur de la tempête Xynthia est dû à la concomitance d'une marée haute de fort coefficient, et de vents qui ont fait monter la mer à plus de 1,50 mètre au-dessus du niveau attendu, a expliqué Joël Hoffman, responsable de la prévision marine à Météo France. La tempête Xynthia a fait 51 morts en France France: 172.000 foyers toujours sans électricité L'Union européenne aidera les victimes Reprise des recherches en Vendée La France paie un lourd tribut aux éléments déchaînés Un hiver très, très neigeux, très sombre et plutôt froid Photos: La tempête Xynthia

AFP
Xynthia, conjonction dévastatrice de la mer et du vent
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Comment explique-t-on que la mer soit montée aussi haut dimanche matin en Vendée et en Charente maritime ?

Joël Hoffman: "La marée est d'une part évaluée par son coefficient, de 102 dimanche matin, qui est la valeur astronomique, liée à l'attraction des astres. A ce phénomène s'ajoute une variation liée à la pression atmosphérique et au vent. Quand on est au milieu d'une dépression, la colonne d'air est moins lourde et l'eau se soulève. Au contraire, dans une situation anticyclonique, la mer s'enfonce sous la poids de l'atmosphère.

Quand il y a une forte dépression, il y a des vents forts autour. Dimanche, le vent soufflait en direction de la côte et poussait des masses d'eau vers la côte. Les deux marégraphes des Sables d'Olonne et de La Pallice (à La Rochelle) ont mesuré de surcotes (hauteur d'eau en plus de celle de la marée) de 150 à 160 cm. Or dimanche matin, les plus importantes surcotes se sont produites au moment de la marée haute. A marée basse, on aurait pas eu d'effets notables de cette surcote."

Y a-t-il un lien entre la survenue de tempêtes et les grandes marées ?

J. Hoffman: "Non, il n'y a pas de liaison entre les deux. Durant la tempête de 1999, on avait des coefficients de marée relativement faibles. Durant la tempête Klaus (en 2009), les coefficients n'étaient pas non plus très élevés. Dans l'inconscient collectif, on rapproche parfois les grandes marées des tempêtes parce que les grands coefficients de marée se produisent dans une période qui va de fin février jusqu'à mai et en automne. Or l'automne et le printemps sont des périodes où il y a assez souvent des phénomènes tempétueux."

Les tempêtes sont-elles de plus en plus fréquentes en raison du changement climatique ?

J. Hoffman: "Les simulations réalisées pour la fin du siècle montrent une tendance à l'augmentation des tempêtes. Mais pour ce week-end, il est impossible de dire s'il y a une liaison ou pas. On est sur des phénomènes trop rares pour avoir un signal significatif. Avec le recul, dans 30 ou 50 ans, on pourra peut-être dire que c'était déjà le signal d'une évolution du climat."