Israël: les passagers de la flottille ont "déclenché les violences"

Les dirigeants israéliens ont accusé lundi les organisateurs de la flottille internationale pro-palestinienne en route vers Gaza d'avoir "déclenché les violences" qui ont fait 19 morts et 36 blessés selon une télévision israélienne.

AFP
Israël: les passagers de la flottille ont "déclenché les violences"
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"Ils ont déclenché les violences", a déclaré à l'AFP le porte-parole du Premier ministre Benjamin Netanyahu, Mark Regev. "Nous avons fait tous les efforts possibles pour éviter cet incident. Les militaires avaient reçu des instructions selon lesquelles il s'agissait d'une opération de police et un maximum de retenue devait être observé", a-t-il ajouté. "Malheureusement, ils ont été attaqués avec une extrême violence par les gens sur le bateau, avec des barres de fer, des couteaux et des tirs à balles réelles", a souligné M. Regev. Un porte-parole de l'armée israélienne a affirmé que deux pistolets avaient été découverts à bord des bateaux de la flottille.

Le chef d'état-major de l'armée israélienne, le général Gaby Ashkenazi, a de son côté nommément mis en cause une ONG turque pour ces violences. "Ce qui s'est passé sur le bateau Mavi Marmara, dont l'organisation extrémiste IHH est propriétaire, n'est en rien comparable avec ce qui s'est passé sur les cinq autres navires" de la flottille", a affirmé le général Ashkenazi dans une conférence de presse. "Il y a eu une explosion de violence extrême dès que nos forces ont été à bord de ce bateau. C'était prémédité, et il y avait des armes, des barres de fer, des couteaux, et à un certain moment des armes à feu, peut-être subtilisées à des soldats", a-t-il ajouté.

L'amiral Eliezer Marom, chef de la marine israélienne, a abondé dans ce sens. "Durant l'abordage du Mavi Marmara, à bord duquel se trouvaient quelque 600 personnes, nos troupes ont été attaquées avec une rare violence à l'arme à feu et d'autres armes, et ont dû riposter pour se défendre car leurs vies étaient en mises en danger par des gens qui voulaient les tuer", a-t-il dit. "Le recours aux armes à feu n'a été nécessaire sur aucun des autres bateaux de la flottille", a souligné l'amiral Marom. Les organisateurs du convoi ont pour leur part accusé l'armée israélienne d'avoir ouvert le feu sans justification, alors que de nombreux pays ont dénoncé l'usage de la force par Israël.

Netanyahu apporte son "entier soutien" à l'armée israélienne

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a apporté lundi "son entier soutien" à l'armée israélienne après l'assaut meurtrier contre une flottille d'aide internationale en route vers Gaza. "Le Premier ministre (...) a apporté son entier soutien aux forces de défense israéliennes (l'armée, ndlr) et s'est enquis de l'état de santé des blessés", ont indiqué ses collaborateurs à l'AFP à Ottawa où il doit rencontrer lundi matin le Premier ministre canadien Stephen Harper, avant de faire mardi une visite à Washington.

Le gouvernement conservateur de M. Harper est l'un des plus fermes soutiens d'Israël à l'étranger.

L'intervention israélienne dans les eaux internationales contre une flottille acheminant des centaines de militants pro-palestiniens et de l'aide pour Gaza, a fait lundi 19 morts et 36 blessés, selon une chaîne de télévision israélienne.

Moscou condamne une "violation grossière" du droit international

La Russie a qualifié lundi de "violation grossière" du droit international l'assaut d'Israël contre une flottille pro-palestinienne en route vers Gaza, dans un communiqué du ministère des Affaires étrangères. "Moscou condamne (l'incident) et exprime à cette occasion sa vive préoccupation quant au fait que des membres du convoi humanitaire ont été tués et blessés. Il faut éclaircir" la situation, selon le communiqué. "Il est évident que l'utilisation d'armes contre des civils et l'arrestation en pleine mer de navires sans motivations légales constituent une violation grossière des normes du droit international", selon la même source.

L'intervention israélienne meurtrière contre une flottille pro-palestinienne dans les eaux internationales au large de Gaza a fait lundi 19 morts et 36 blessés, selon la chaîne 10 de la télévision israélienne.

La Russie souligne aussi que l'incident "confirme la nécessité de mettre fin le plus vite possible au blocus de Gaza imposé par Israël".

La Russie fait partie avec les Etats-Unis, l'Union européenne et l'ONU du Quartette pour le Proche-Orient qui soutient une feuille de route pour les négociations de paix, prévoyant la création d'un Etat palestinien vivant en paix et en sécurité aux côtés d'Israël.

Moscou entretient des relations étroites avec le Hamas, mouvement islamiste vainqueur des législatives palestiniennes de 2006 qui a pris le pouvoir par la force en juin 2007 dans la bande de Gaza, aux dépens du Fatah, mouvement du président palestinien Mahmoud Abbas.

Amnesty réclame une enquête "crédible et indépendante"

Amnesty International a demandé lundi à Israël d'ouvrir immédiatement une "enquête crédible et indépendante" sur l'assaut mené par son armée contre la flottille internationale humanitaire à destination de Gaza, et réclamé la levée du blocus contre le territoire palestinien. "Amnesty International demande à Israël d'ouvrir une enquête immédiate, crédible et indépendante", sur cet assaut qui a causé 19 morts parmi les passagers selon une télévision israélienne, a indiqué dans un communiqué l'organisation de défense des droits de l'homme, dont le siège est à Londres. "Les forces israéliennes semblent manifestement avoir fait un usage excessif de la force", a déclaré Malcolm Smart, responsable de la section Proche-Orient et Afrique du Nord d'Amnesty. "Israël dit que ses forces ont agi en état de légitime défense, prétendant qu'elles ont été attaquées par les manifestants, mais il est difficile de croire que le niveau de force utilisé par les troupes israéliennes ait pu être justifié", a-t-il ajouté. "Il semble avoir été disproportionné par rapport à la menace posée".

Comme première mesure, Amnesty appelle Israël à rendre immédiatement publiques les règles d'engagement des commandos qui ont mené l'assaut. "Les militants sur les bateaux avaient clairement dit que leur objectif numéro un était de protester contre le blocus israélien continu, qui constitue une forme de punition collective et donc de violation de la loi internationale", a ajouté M. Smart.

Selon une télévision israélienne, 19 passagers de la flottille ont été tués et 36 autres blessés dans cet assaut.

Israël avait mis en garde les militants

Israël avait mis en garde les militants pro-palestiniens à bord de la flottille internationale chargée d'aide pour Gaza, a affirmé lundi à l'AFP le ministre israélien de l'Industrie et du Commerce, Binyamin Ben Eliezer, après l'assaut meurtrier contre un des navires. "Nous étions conscients de ce qui pouvait se passer. Nous les avions avertis, et nous leur avions dit que ce qu'ils allaient faire était une provocation", a déclaré le ministre, qui se trouve au Qatar pour une réunion organisée par le Forum Economique Mondial (WEF). "En tant que ministre du Commerce, je leur avait personnellement proposé de nous livrer l'aide, que nous aurions acheminé à notre tour à Gaza. Mais ils voulaient monter un spectacle, c'est tout", a-t-il encore dit.

Le ministre avait auparavant exprimé à la radio militaire israélienne ses "regrets pour tous les morts" après l'intervention de commandos israéliens contre un bateau de la flottille, qui a fait une dizaine de morts parmi les passagers selon l'armée israélienne.

M. Ben Eliezer est le premier ministre israélien à se rendre au Qatar depuis la rupture des liens diplomatiques entre ce petit émirat du Golfe et l'Etat hébreu lors de l'offensive israélienne contre Gaza, entre décembre 2008 et janvier 2009. Il a affirmé espérer "convaincre" ses homologues au Proche-Orient et dans le Golfe "d'avoir recours à la technologie israélienne, comme un moyen de sortir de l'impasse dans les relations entre Israël et ses voisins".

L'émir du Qatar, cheikh Hamad Ben Khalifa Al-Thani, a appelé lundi à "briser" le blocus imposé par Israël à la bande de Gaza après le raid meurtrier contre ce convoi transportant de l'aide humanitaire à destination du territoire palestinien.