Un attentat bien gênant

Le gouvernement rwandais a démenti, dimanche, toute implication dans la tentative de meurtre samedi, à Johannesburg, de l’ancien chef d’état-major, aujourd’hui dissident, le général Faustin Kayumba Nyamwasa.

Marie-France Cros
Un attentat bien gênant
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Le gouvernement rwandais a démenti, dimanche, toute implication dans la tentative de meurtre samedi, à Johannesburg, de l’ancien chef d’état-major, aujourd’hui dissident, le général Faustin Kayumba Nyamwasa.

Selon l’épouse de la victime, le tueur " n’a pas essayé de nous voler", "son intention était de tirer et de le tuer", dit-elle en accusant Kigali. La victime serait dans un état stable, aux soins intensifs dans une clinique privée. "Son état s’améliore" , a-t-elle déclaré à l’agence sud-africaine SAPA.

Kigali aura du mal à convaincre de sa bonne foi : la tentative de meurtre semble avoir été menée de manière "professionnelle" et fait irrésistiblement penser à celle qui avait visé, en février 1996, le dissident Seth Sendashonga à Nairobi (Kenya). A l’époque, un diplomate rwandais avait été arrêté par la police kényane non loin du lieu du crime, un pistolet ayant récemment tiré à la main. Kigali avait toutefois refusé de lever son immunité diplomatique, ce qui avait provoqué la fermeture de l’ambassade rwandaise au Kenya.

Deux ans plus tard, cependant, en mai 1998, Sendashonga - ministre rwandais de l’Intérieur depuis la victoire du FPR (Front patriotique rwandais, au pouvoir depuis lors) en 1994 (fin du génocide) à août 1995, quand il avait démissionné pour protester contre des exactions de l’armée contre des civils - avait tout de même été assassiné.

Le général Kayumba Nyamwasa est, comme le président Paul Kagame, un ancien exilé en Ouganda, où il travailla aussi dans les services secrets avant la guerre pour le retour au Rwanda (1990-1993). Au pays de ses pères, Kayumba Nyamwasa occupa plusieurs postes importants dans l’armée. Ses ennuis commencent au tournant du siècle, alors qu’il atteint le grade de général major, le même que Paul Kagame.

Membre du clan familial des Nyiginya - celui dont étaient issus les rois du Rwanda, qu’oppose une vieille rivalité au clan de Kagame, les Bega, dont étaient issues les reines - Kayumba Nyamwasa est soupçonné d’agitation monarchiste et opposé au général Kagame sur la manière de conduire la guerre contre les rebelles hutus, issus des génocidaires. En 2001, il est envoyé "en stage" à Londres pour un an. En 2003, il est nommé secrétaire général du National Security Service, avant d’être à nouveau éloigné, en janvier 2005, par une nomination d’ambassadeur en Inde, poste qu’il tarde longtemps à rejoindre.

En février dernier, rappelé à Kigali pour une réunion diplomatique, l’officier est interrogé par les autorités chargées d’enquêter sur des attentats meurtriers à la grenade qui viennent de se produire. Il a alors apparemment jugé plus prudent de prendre la poudre d’escampette puisque, le 26 février, il est accusé d’avoir "déserté". L es autorités le rendent responsable des attentats, avec "la complicité" d’un autre officier en exil, le colonel Patrick Karegeya. Ce dernier, ancien chef de la branche extérieure des services de renseignement militaires rwandais, avait été placé à un poste secondaire en 2004 puis arrêté en 2005, pour indiscipline; c’est à sa sortie de prison qu’il avait choisi la dissidence et l’exil.