"La femme fatale", fille d’un espion

Les masques tombent dans l’affaire d’espionnage russe aux Etats-Unis. L’un des suspects a reconnu jeudi devant un juge qu’il travaillait pour le compte du Service de renseignement extérieur russe (SVR) tandis qu’un Britannique de 30 ans a révélé que son ancienne épouse russe n’est autre que "la femme fatale ", Anna Chapman, qui fait la "Une" des quotidiens aux Etats-Unis et ailleurs.

Ch. Ly.

Les masques tombent dans l’affaire d’espionnage russe aux Etats-Unis. L’un des suspects a reconnu jeudi devant un juge qu’il travaillait pour le compte du Service de renseignement extérieur russe (SVR) tandis qu’un Britannique de 30 ans a révélé que son ancienne épouse russe n’est autre que "la femme fatale ", Anna Chapman, qui fait la "Une" des quotidiens aux Etats-Unis et ailleurs.

Alex Chapman, un interne en psychiatrie, raconte dans le "Daily Telegraph" de vendredi qu’il a rencontré Anna en 2001 dans un night-club à Londres et qu’ils se sont mariés cinq mois plus tard à Moscou.

Anna - de son nom de jeune fille, Anna Koutchenko - lui a présenté son père lors de leur lune de miel au Zimbabwe, où Vasili Koutchenko travaillait comme diplomate. " Il était très craintif , raconte Alex Chapman au quotidien britannique. Il ne m’aurait jamais présenté à d’autres Russes qui venaient à la maison et semblait bénéficier de plus de sécurité que les autres diplomates. Il avait une Land Rover avec des vitres fumées et il y avait toujours une voiture avant la sienne, et une seconde après."

Sa jeune épouse ne précisa pas dans un premier temps quel était le travail de son père, sinon qu’il travaillait pour le gouvernement russe " dans certains domaines ". Plus tard, elle lui affirma qu’il était " haut placé " dans l’ancien KGB, avant sa mutation de l’après-guerre froide.

Le couple divorça en 2006 mais maintint le contact. Bien qu’antiaméricaine, Anna Chapman décida en 2007 de partir s’installer aux Etats-Unis pour y faire des affaires. Elle aurait rencontré à Manhattan où elle a pris un appartement un homme de 60 ans, un millionnaire du New Jersey, grand amateur de femmes russes, selon le "New York Daily News".

D’après la presse britannique, le MI5 enquête sur la période londonienne et cherche à savoir si l’espionne présumée a eu accès aux dossiers financiers de gens importants. Anna Chapman a travaillé six mois à la Barclays Bank, puis pour un hedge fund appelé Navigator Asset Management. Son CV indique aussi qu’elle aurait travaillé vers 2007 à Moscou pour une filiale de Fortis spécialisée dans les fonds russes.

L’autre développement de cette saga est la reconnaissance par l’un des suspects, un certain "Juan Lazaro", qu’il a bien travaillé pour le SVR, le successeur du KGB. Il a indiqué aux enquêteurs qu’ "il ne violerait jamais sa loyauté pour le service, même pour son fils " de 17 ans né du mariage avec la journaliste Vicky Pelaez. Cet aveu a été recueilli par les policiers après son arrestation, dimanche dernier.

Le couple vivait à Yonkers, la banlieue nord de New York, dans une maison payée par le SVR. Son épouse a été déclarée libérable sous caution par le juge. " Elle ne donne pas l’impression d’être un agent professionnel , a déclaré le juge pour justifier la remise en liberté. Elle a une véritable identité et l’intention de rester dans le pays ."

Vicky Pelaez est le seul suspect des onze incriminés par le FBI qui semble avoir gardé son vrai nom. Elle est citoyenne américaine, d’origine péruvienne. Son rôle s’est cantonné à transmettre du courrier (avec encre invisible) à un contact russe au Pérou. Elle devra cependant porter un bracelet électronique. Son mari, pour sa part, ex-professeur à l’université publique "Baruch College" de New York, a refusé de dévoiler sa vraie identité.