Discrimination: Où en est-on ?

Édouard Delruelle, directeur adjoint du Centre pour l'égalité des chances, déplore une augmentation des discriminations envers la communauté musulmane.

Discrimination: Où en est-on ?
©Bernard Demoulin
L. Berdelou (s.t)

"Dans 215 des 227 dossiers que nous avons ouverts l’année passée pour cause de discrimination supposée sur base des convictions religieuses ou philosophiques, la religion ou conviction correspondante a été enregistrée. Dans 87 % des cas il s’agissait de l’islam, mais il y a un certain chevauchement avec les dossiers « raciaux » indique le Centre pour l'égalité des chances. "Dans 87 % des 187 nouveaux dossiers ayant trait à une discrimination supposée de personnes musulmanes en 2009, il y avait des raisons de supposer qu’il s’agissait bien d’islamophobie. 40 % des dossiers concernait des propos ou (dans une moindre mesure) des faits qui, selon le Centre, constituaient, en outre, une infraction à la législation anti-discrimination."

Discrimination sur le lieu de travail

C'est sur le lieu de travail que l'on déplore le plus de discriminations, leur nombre est d'ailleurs en augmentation. Celles-ci ont parfois lieu au moment même de l'embauche. En effet, certains patrons se montrent réticents à l'idée d'embaucher un étranger. "L'une des difficultés concerne la question du voile. Certaines personnes n'obtiennent pas un poste parce qu'elles sont voilées." Quand cela n'est pas justifié, il y a discrimination.

"Il faut bien distinguer ce qui est de l'ordre de la discrimination de tout une série de problèmes qui se posent, comme celui du voile, par exemple" poursuit-il avant d'expliquer qu'il existe "des raisons légitimes d'interdire le voile dans certains cas (Question d'hygiène ou de sécurité par exemple)."

Discrimination au logement

Le centre relève également des problèmes quant à l'obtention d'un logement. "Certains propriétaires se rétractent ou trouvent tout un tas de raisons pour refuser de louer ou de vendre à une personne ou à une famille d'immigrés". M. Delruelle regrette que cela arrive même dans des agences immobilières.

Beaucoup de gens ignorent encore qu'il existe un loi anti-discrimination. C'est pourquoi les propriétaires pensent souvent être dans leur droit quand ils refusent leurs biens à une personne d'origine étrangère. Mais ce n'est pas le cas.

Discrimination sur Internet

Avec l'émergence des nouvelles technologies de l'information et de la communication, l'incitation à la haine envers l'islam s'est développée sur la toile, que cela soit sur des sites anti-islam ou des forums. C'est ce que le Centre appelle la “cyberhaine”.

Selon les chiffres communiqués par le Centre: "Trois dossiers "conviction religieuse ou philosophique" sur cinq avaient trait à certains propos figurant dans les e mails en chaîne sur des sites Web, des forums de discussion, etc. 18 % des incidents se déroulaient dans le contexte professionnel et 9 % étaient liés à l’enseignement."

Une brochure intitulée "Delete cyberhate" est disponible, pour savoir comment reconnaitre la "cyberhaine" et comment agir si on y est confronté."Lorsque nous recevons le signalement d'un site, ou d'un forum sur lequel circule des propos racistes, antisémites, discriminatoires envers une religion en particulier, nous essayons de faire cesser cela. Si c'est nécessaire nous pouvons aller jusqu'au procès", explique M. Delruelle.

Difficulté dans la qualification des discriminations

Il n'est pas toujours facile de savoir si il y a vraiment eu discrimination, surtout dans la mesure où il existe des cas pour lesquels elle est considérée comme légitime. Edouard Delruelle parle de "distinction légitime", et cela se retrouve surtout en matière d'emploi. Il peut s'agir "d'exigence professionnelle déterminante". Par exemple, pour certains métiers, une certaine carrure est nécessaire. Une sorte de discrimination est alors faite envers les personnes qui n'ont pas "le physique de l'emploi." Du moment que les "justifications sont objectives et raisonnables", il n'y a rien à redire.

Mais, quand la discrimination est réelle, il n'est pas toujours aisé de la qualifier. "Il est assez difficile de savoir s'il s'agit de discrimination raciale ou religieuse" explique M. Delruelle. Il peut également s'agir de "discrimination croisée", c'est à dire une discrimination dont les causes sont ou peuvent être multiples. M. Delruelle prend l'exemple d'un jeune maghrébin. Ce dernier peut connaître la discrimination parce qu'il est jeune, étranger, ou encore musulman.

Dans tous les cas, "à partir du moment ou il y a discrimination, quel qu'elle soit, il faut faire quelque chose."

Solutions ?

D'une part, "il faut faire un travail sur le respect de la législation" explique M. Delruelle, pour cela les gens doivent prendre conscience que des lois anti-discriminations existent et que, comme toutes autres lois, elles doivent être respectées.

De l'autre, "il faut reconnaitre que le vivre ensemble n'est pas facile. Il ne suffit pas de dire qu'il faut être tolérant. Il faut s'asseoir autour d'une table et négocier." "Dans chaque cas de discrimination il faut traiter le problème de manière concrète car c'est le seul moyen de trouver une réelle solution." termine-il.