Islam "made in Belgium"

L'islam est reconnu comme religion par l'État belge depuis 1974. Depuis, la communauté musulmane, en association avec les autorités, mène un combat pour l'institutionnalisation de l'islam. Sans cela, il se retrouve désavantagé par rapport aux autres religions reconnues par l'État.

Islam "made in Belgium"
©d.r.
L. Berdelou (s.t)

La communauté musulmane, principalement turque et marocaine, a su marquer sa présence à Bruxelles. Mosquées et associations fleurissent dans les communes de Schaerbeek, Molenbeek, Anderlecht, Bruxelles ville et Saint Josse. Mais quels sont les enjeux de cette présence musulmane ici en Belgique ? “Les enjeux se trouvent avant tout dans l'institutionnalisation du culte musulman” affirme C. Torrekens, chargée de recherche à l'institut de sociologie de l'Université Libre de Bruxelles. Même si l'islam est visible au sein de l'espace public, ce n'est pas pour autant qu'il est pleinement reconnu.

Corinne Torrekens déplore que “tous les processus, qui auraient du mettre l'islam sur le même pied d'égalité que les autres religions reconnues par l'État, n'aient pas été faits.” L'islam est pourtant reconnu comme religion depuis 1974. Il reste beaucoup à faire du côté de l'État comme du côté de la population musulmane. “Il est nécessaire d'avoir un Exécutif des Musulmans de Belgique, reconnu par l'État comme son interlocuteur officiel, et qui peut prendre les décisions. Sans cela, l'islam se retrouve désavantagé". Et d'ajouter: "cela créé un certain nombre de ressentiments au sein de la population musulmane.”

La communauté musulmane doit, quant à elle, apprendre à travailler de concert pour éviter toutes les dissensions internes qui l'ont déjà secouée il y a quelques années. Comme le fait remarquer Semsettin Ugurlu, président de l'Exécutif des Musulmans de Belgique, ces derniers proviennent de pays différents. Il y a donc "plusieurs couleurs", plusieurs avis. Corinne Torrekens rappelle qu'en 1998 et 2005, l'intervention des ambassades marocaines et turques avaient perturbées les élections de l'Assemblée générale des musulmans de Belgique.

L'un des désirs de la communauté musulmane aujourd'hui est de voir son culte reconnu au même niveau que les autres cultes religieux. “Quand on reconnait un culte, il faut reconnaitre les lieux de cultes, les ministres du culte... Malgré la reconnaissance de l'islam en 1974, rien n'a été fait avant la fin des années nonante” explique M. Ugurlu.

Mais aujourd'hui "on semble être sur le bon chemin". M. Ugurlu se réjouit qu'une septantaine de mosquées aient été reconnues depuis 2007. Pourtant, par rapport au nombre de mosquées en Belgique" on est loin du compte, déplore Corine Torrekens. “Il y a effectivement des communautés qui ne font pas de démarches pour être reconnues car elles attendent de voir ce que cela va donner pour celles qui ont franchi le pas”. Le président de l'Exécutif encourage donc ces dernières à introduire leur demande.

Un autre point important concerne la désignation des imams, et leur formation. Pour le moment, l'Exécutif a désigné vingt cinq imams qui feront la prédication aux musulmans de Belgique. Ces derniers n'ont pas été formés en Belgique mais dans leurs pays d'origine. D'après Corinne Torrekens: “tant que l'on n'aura pas un cursus de formation d'imams et que l'on fera venir des imams de l'étranger, il y aura toujours une influence de l'islam d'origine sur l'islam belge qui a donc du mal à s'émanciper. Aujourd'hui de plus en plus de cadres musulmans, qui représentent la nouvelle génération musulmane pratiquante mais diplômée, souhaitent l'arrivée d'un islam belge.” M. Ugurlu explique que “les imams sont à la tête de la communauté, ils jouent donc un rôle très important. C'est pour cela qu'ils doivent être formés en Belgique, pour connaître la communauté pour laquelle ils vont travailler.” Il espère donc, qu'un jour, une institution ouvrira ses portes pour former tous les imams de Belgique.

Il y a une réelle volonté, de la part des musulmans belges, de s'émanciper de leurs pays d'origines, du point de vue religieux, mais il leur manque des moyens pour y parvenir. “Tous les ans, on organise la fête du sacrifice. Mais l'Exécutif des musulmans de Belgique n'a pas de budget pour organiser cette fête, ça veut dire que ce sont les communes qui doivent se débrouiller.” L'islam est sous-financé par rapport à la taille de sa population contrairement au catholicisme, regrette Mme. Torrekens qui espère que tous ces problèmes trouveront rapidement une solution.


Site de l'Exécutif des Musulmans de Belgique