Regard croisé sur l'islam

Des sujets relatifs à l'islam suscitent de nombreux débats que cela soit au niveau sociétal ou politique. Les cultes catholique et islamique sont les cultes dominant en Belgique. Mustafa Kastit,imam à la Grande Mosquée de Bruxelles et Jean Luc Blanpain, abbé de l'Église Notre Dame au Sablon, ont accepté de répondre à nos questions.

Regard croisé sur l'islam
©AFP Internet
L. Berdelou (s.t)

Des sujets relatifs à l'islam suscitent de nombreux débats que cela soit au niveau sociétal ou politique. Les cultes catholique et islamique sont les cultes dominant en Belgique. Existe-il un fossé entre le catholicisme et l'islam ou bien défendent-ils une cause commune ?

Les débats

M. Blanpain considère que les débats ayant trait à l'islam "renvoient à la place des religions dans l’espace public dans une société sécularisée et multi-confessionnelle" avant d'ajouter que "c'est un débat qui a lieu d’être parce que la place du religieux, sans se focaliser sur le voile, dans une société démocratique, est une question importante qui vaut la peine d’être débattue pour les croyants et les non croyants." De son coté, M. Kastit trouve que les débats sont légitimes car "chacun a le droit d'être pour ou contre quelque chose" mais qu'il y a "une surenchère des politiques et des médias qui devraient s'attaquer aux vrais problèmes." En effet, il déclare: "Ces questions là, autour du voile, ne sont pas des priorités car il y a des problèmes bien plus urgents à traiter dans notre société."

Le port du voile

Pour l'abbé Blanpain, la question du voile renvoie à celle de la question de "la place des signes religieux dans l’espace public" et il voit en "la revendication de signes religieux, une revendication de reconnaissance." De son coté Mustafa Kastit, en plus de faire remarquer que le port du voile n'est pas un signe religieux mais une prescription religieuse, explique qu'il n'est qu'à moitié d'accord avec les propos de l'abbé. Même si "pour certains, c’est certainement un besoin de reconnaissance," pour la majorité des musulmans c'est plutôt une "une demande de pouvoir pratiquer un droit garanti par la constitution et les droits de l’Homme.".

Revendications communes

Si les signes religieux devenaient interdits dans l'espace public, "je crois que les croyants dans leur ensemble, qu’ils soient chrétiens, musulmans ou juifs, peu importe, seront une voix commune, pour revendiquer le droit et la légitimité d’arborer des signes d’appartenance religieuse dans l’espace public" déclare M. Blanpain. Il ajoute ensuite qu'une "exclusion trop drastique de tous signes religieux ne lui parait pas légitime." Ce que partage Mustafa Kastit qui affirme que "une personne religieuse, quelque soit sa confession (musulmane, juive, chrétienne...), veut s’épanouir et que pour cela elle veut que l'on respecte ses droits."

Les hôtels certifiés halal

Jean-Luc Blanpain pense que "le problème de la certification halal est un problème économique important puisque le monde musulman représente une part importante de la population." Il doute cependant qu'il existe un marché sur les hôtels. M. Kastit analyse ce phénomène autrement. Il déplore que le terme halal soit devenu un terme "générique", voire "un terme de business". "Selon une étude récente, le marché du halal rapporte beaucoup plus que le marché du bio, donc ce n'est pas étonnant que beaucoup d'entreprises se lancent dans le halal." Mais "mettre un tapis dans une chambre, un coran, indiquer la direction pour la prière, veiller à ce qu'il n'y ait pas d'alcool, ce n'est pas du halal" avant d'ajouter que "le halal concerne uniquement l'alimentaire".

Échanges inter-confessionnels

"J'ai l'impression que les échanges de types religieux ne se développent pas. Ils étaient plus importants au moment où c’était neuf, par curiosité mais maintenant on se connait donc ça a peu être même tendance à diminuer" explique M. Blanpain à propos des échanges inter-religieux avec l'islam. Pourtant, même s'il avoue que cela est rare au niveau populaire, Mustafa Kastit affirme qu'au niveau des élites les échanges existent. "Le parlement européen a organisé cette année de nombreuse rencontres entre religion. Nous nous retrouvions avec des chrétiens, des juifs, des sikhs et des bouddhiste..."

Dans l'ensemble, leurs idées se complètent et ne s'excluent pas, car tous deux veulent une chose commune, le respect des droits de chacun et cela passe par le respect de la liberté de culte.