Gibiers de potence

On n’a pas assez prêté attention à cette bonne nouvelle en provenance du Cambodge : la population des vautours y est en augmentation et le royaume est par ailleurs le seul pays d’Asie où l’espèce reprend ainsi du poil de la bête. La très sérieuse Wildlife Conservation Society (WCS) a dénombré au Cambodge 296 de ces volatiles (de trois variétés différentes) en 2010, contre 260 l’an dernier.

On n’a pas assez prêté attention à cette bonne nouvelle en provenance du Cambodge : la population des vautours y est en augmentation et le royaume est par ailleurs le seul pays d’Asie où l’espèce reprend ainsi du poil de la bête. La très sérieuse Wildlife Conservation Society (WCS) a dénombré au Cambodge 296 de ces volatiles (de trois variétés différentes) en 2010, contre 260 l’an dernier. Elle attribue cette progression à la bienveillance des autorités qui, d’une part, versent de l’argent aux paysans khmers pour qu’ils protègent les nids, et, d’autre part, approvisionnent en succulentes carcasses de véritables "restaurants pour vautours" dans le nord et l’est du pays.

Qu’il faille en arriver à de telles extrémités doit être porté au crédit du gouvernement actuel. Sous le régime génocidaire des Khmers rouges, quand le Cambodge n’était plus qu’une constellation de "champs de la mort" (ces "Killing Fields" que dénonça magistralement le film de Roland Joffé en 1984), les vautours n’avaient que l’embarras du choix pour se repaître. Certes, les oiseaux de mauvais augure n’ont pas disparu du ciel cambodgien, pas plus que les oiseaux de proie, mais au moins la population peut-elle goûter désormais les bienfaits d’une vie normale et parfois un semblant de prospérité.

Les vautours devraient logiquement pulluler au Cambodge - à en juger par l’intérêt que les charognards de toutes nationalités ont toujours voué au malheureux petit royaume. Vietnamiens, Thaïlandais, Chinois : les peuples voisins n’ont cessé de trahir un appétit aiguisé pour les richesses du pays, empiétant ici, pillant là. Et on ne rappellera pas l’épisode colonial.

Si les vautours du Cambodge échappent à une nouvelle menace (les pesticides qui leur font courir un grand danger, prévient la WCS), on pourrait peut-être les voir tournoyer au-dessus de la prison de Phnom Penh où croupissent les derniers dignitaires khmers rouges encore en vie. On n’en finit pas d’attendre leur comparution en justice et la condamnation qui devrait mettre un point final à leur existence méprisable.

Or, on apprenait mardi que le tribunal international institué à cette fin manque de fonds : un nouvel appel a été lancé aux donateurs étrangers pour qu’ils le renflouent. On veut croire qu’il sera entendu. Ce tribunal a beau n’avoir pas volé très haut jusqu’ici, il reste l’unique moyen légal de voler dans les plumes des sinistres créatures qui, sous la férule de Pol Pot, martyrisèrent la population cambodgienne.