Un José Manuel Barroso vintage

Un grand discours sur l’état de l’Union à la mode américaine : l’événement était inscrit dans la lignée du nouveau traité de Lisbonne et l’on y a eu droit, mardi matin au Parlement européen de Strasbourg.

Véronique Leblanc
Un José Manuel Barroso vintage
©AP

Correspondante à Strasbourg Un grand discours sur l’état de l’Union à la mode américaine : l’événement était inscrit dans la lignée du nouveau traité de Lisbonne et l’on y a eu droit, mardi matin au Parlement européen de Strasbourg. José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, planté à la tribune centrale et non au premier rang de l’hémicycle comme d’ordinaire, s’est livré pour la première fois à l’exercice avec la solennité qui s’imposait. Sauf qu’en fait d’état de l’Union, c’est à l’exposé d’une stratégie économique que l’on a eu droit.

Avec cinq défis majeurs à relever dans les douze mois à venir, selon le Portugais : combattre la crise et améliorer la gouvernance économique, relancer la croissance pour l’emploi, construire un espace de liberté, de justice et de sécurité, lancer les négociations en vue de la modernisation du budget de l’Union et assumer la part de responsabilité de l’Europe dans le monde. Avec, aussi, le retour d’une idée déjà proposée par Jacques Delors mais contrée à l’époque par l’Allemagne, celle de recourir à des emprunts européens pour financer de grands projets d’infrastructures en collaboration avec la Banque européenne d’investissement.

Premier à s’exprimer au nom des groupes politiques du Parlement, le conservateur Joseph Daul, président du Parti populaire européen (PPE), s’est fendu d’un "cher José Manuel" pour saluer l’orateur, se réjouir "du chemin parcouru, ainsi que des mesures sans précédent prises pour assainir l’économie", citer au passage Jean-PaulII - "N’ayez pas peur" - et appeler la Commission à faire au Parlement "de bonnes propositions qui vont très loin". Daul et Barroso étant tous deux du même bord politique, l’acquiescement était prévisible.

La suite fut plus chahutée. Martin Schulz, président des socialistes et démocrates, s’est réjoui d’avoir entendu "un programme de travail ambitieux" dans lequel "tout le monde - conservateurs, socialistes, libéraux et verts - peut se retrouver", mais a regretté de ne rien avoir entendu sur "l’état dans lequel se trouve l’Union". Même rappel au sens des mots chez le libéral Guy Verhofstadt. "Un discours sur l’état de l’Union, c’est considérer ce qui a été fait, tirer des leçons et regarder vers l’avant". "L’année dernière a été très difficile pour l’Europe", or elle a réagi "avec une unité limitée face à ces problèmes graves". "La confiance dans les institutions européennes a baissé à 42 % selon un sondage Eurobaromètre, c’est cela l’Union aujourd’hui", a-t-il dit.

Quant à Daniel Cohn-Bendit, le co-président des verts, il n’a évidemment pas été en reste, usant d’une formule choc : "Vous êtes le président aux abonnés absents d’une Europe qui a pourtant besoin d’un vrai président", tançant José Manuel Barroso qui regardait sa montre d’un "je sais que c’est désagréable", et rejoignant Schulz et Verhofstadt sur l’idée qu’un des problèmes de fond de l’Europe actuelle était les tensions entre le Conseil de ministres et le Parlement, le premier soucieux de garder le maximum de pouvoir du côté des Etats membres, le second avide d’une Europe plus communautaire.

Et puis, a souligné Cohn-Bendit, "pas un mot pour décrire le changement de la notion de croissance", "rien sur le futur sommet de Cancun (sur le climat, NdlR) où l’Europe devra être à la pointe si elle veut être crédible". Avec une exhortation finale à un prochain discours où le président de la Commission montrerait "qu’on n’est plus dans les années 1970 mais face à une crise économique et climatique sans précédent".