L’Irak sous influences

Dimanche dernier, le président irakien Jalal Talabani s’entretenait au téléphone avec son homologue iranien Mahmoud Ahmadinejad. La conversation s’était achevée sur une déclaration somme toute assez banale évoquant l’espoir que le futur gouvernement à Bagdad renforce les relations entre les deux pays, particulièrement dans les domaines politique et économique.Double jeu de l’Iran en Afghanistan

Vincent Braun
L’Irak sous influences
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Dimanche dernier, le président irakien Jalal Talabani s’entretenait au téléphone avec son homologue iranien Mahmoud Ahmadinejad. La conversation s’était achevée sur une déclaration somme toute assez banale évoquant l’espoir que le futur gouvernement à Bagdad renforce les relations entre les deux pays, particulièrement dans les domaines politique et économique. Quelques jours plus tôt, le Premier ministre irakien sortant Nouri al Maliki s’était déplacé en Iran (dans le cadre d’une tournée du Moyen-Orient), afin de tenter de s’assurer le soutien de la République islamique à sa candidature pour un nouveau mandat à son poste. Entre frères chiites, qu’on soit d’origine arabe ou persane, on doit bien pouvoir s’entendre Mais derrière ces amabilités diplomatiques et ces influences partisanes, la réalité est plus complexe, plus occulte aussi.

L’intervention américaine en Irak en 2003, outre qu’elle a balayé les sunnites baathistes au pouvoir sous Saddam Hussein (et déjà avant) au profit des chiites majoritaires dans le pays, a aussi contribué à modifier les rapports de force dans la région. En plein milieu du jeu de quille, l’Irak se situe au carrefour de plusieurs pays, dont la Turquie et l’Iran, qui ont des prétentions à l’extérieur de leurs frontières. Le pétrole, l’eau et la question kurde sont autant d’intérêts transfrontaliers.

Avec le retour de balancier favorable aux chiites irakiens, l’Iran tient là une occasion unique d’étendre son influence en Irak et d’affirmer un peu plus sa puissance dans la région. La République islamique, qui s’est battue pendant huit ans contre l’Irak de Saddam Hussein dans les années 80, aurait tout à gagner à étendre son influence. Le régime des mollahs, en pleine radicalisation depuis plusieurs années avec à sa tête le populiste Ahmadinejad, se voit déjà en patron du Moyen-Orient face à l’ennemi juré Israël et son mentor américain.

Pour y parvenir, l’Iran pèse de tout son poids, utilisant tous les moyens disponibles. Ses ingérences en Irak étaient d’ailleurs dénoncées en bloc cette semaine par le Conseil national de la résistance iranienne (NCRI), un "parlement" iranien en exil. Certaines de ces allégations viennent d’ailleurs d’être recoupées par les documents américains relatifs à la guerre en Irak publiés la semaine dernière par le site d’information WikiLeaks.

La résistance iranienne a ainsi rappelé l’existence d’une liste de quelque 32 000 agents irakiens payés par le régime de Téhéran pour noyauter l’appareil politique à Bagdad. Une information que le conseil de la résistance avait dévoilée et transmise il y a quatre ans aux autorités irakiennes. Sans résultat apparent.

Lors d’une rencontre avec la presse lundi dernier, le président de la commission des Affaires étrangères du NCRI, Mohammad Mohaddessin, a également souligné que la République islamique ne s’était pas simplement contentée de poursuivre ses ingérences dans les affaires irakiennes mais qu’elle les avait intensifiées, "en raison du projet des mollahs d’ouvrir la voie à Maliki pour un second mandat en tant que Premier ministre".

Les services de renseignements iraniens ont ainsi réorganisé, armé et entraîné des groupes terroristes ainsi que la rébellion irakienne. D’autres exemples de l’ingérence de l’Iran en Irak concernent la contrebande d’armes et l’infiltration de groupe terroristes. A titre d’exemple, M. Mohaddessin a mis en exergue des révélations faites il y a six ans relatives à la présence de membres du Hezbollah au Pays des Deux Fleuves. Des affirmations que WikiLeaks vient récemment de corroborer à la faveur d’un document de 2006 montrant que les Américains avaient appris que le corps des Gardiens de la révolution iraniens et les miliciens islamistes du Hezbollah libanais entraînaient conjointement des milices chiites irakiennes à enlever des soldats américains.

Des documents montrent encore que Nouri al Maliki était au courant de certaines opérations terroristes qui ont ensanglanté le pays et notamment Bagdad. En tant que Premier ministre, et donc (selon la Constitution irakienne) commandant en chef des forces armées, il est particulièrement visé, alors que les tractations pour la formation d’un nouveau gouvernement n’en finissent plus de se poursuivre près de huit mois après les élections.


La Phrase"Des tentatives d’acteurs étrangers, y compris la Syrie et l’Iran, de saboter l’indépendance du Liban et de mettre en danger sa stabilité." Susan Rice L’ambassadrice américaine à l’Onu a dénoncé jeudi le rôle de l’Iran et de la Syrie dans l’armement du Hezbollah au Liban, une milice qui met en danger la souveraineté du pays.