Une vague républicaine menace Obama

Une mobilisation des électeurs républicains plus forte que ne l’était celle des Démocrates en 1976 après le Watergate. Et, par conséquent, une déferlante républicaine sur le Congrès qui pourrait battre les records de 1994, quand le "Grand Old Party" (GOP) lança sa fameuse "révolution". Les premiers bureaux ont ouvert à 05h00 dans le Vermont Edito: Le piège de la démocratie Le Tea Party sonne l’heure des "conservateurs constitutionnalistes" Dossier: Les élections de mi-mandat aux USA Photos: élections de mi-mandat

Une vague républicaine menace Obama
©AP
Philippe Paquet

Envoyé spécial à Dover (Delaware)

Une mobilisation des électeurs républicains plus forte que ne l’était celle des Démocrates en 1976 après le Watergate. Et, par conséquent, une déferlante républicaine sur le Congrès qui pourrait battre les records de 1994, quand le "Grand Old Party" (GOP) lança sa fameuse "révolution" . C’est ce que prédisaient les sondages lundi, à la veille d’élections de la mi-mandat considérées par les médias comme "les plus sauvages" dans l’histoire du pays.

Les Américains le doivent largement au Tea Party, dont tous les observateurs s’accordent à dire qu’il a relancé l’intérêt de la population pour la politique. Avec quelles conséquences ? Les Démocrates espèrent, pour sauver leur majorité au Congrès, que l’extrémisme des candidats soutenus par ce mouvement très conservateur épouvantera suffisamment les Républicains modérés et les indépendants pour faire pencher la balance en leur faveur.

C’est ce qui se produira selon toute vraisemblance au Delaware, où le Parti républicain avait toutes les chances de reconquérir le siège de sénateur qui fut pendant trente-six ans celui de l’actuel vice-président Joe Biden. Le Tea Party en a décidé autrement en imposant Christine O’Donnell aux dépens de l’ex-gouverneur et député républicain Mike Castle, qui fut confortablement réélu à la Chambre sans discontinuer depuis 1992.

Sorte de clone de Sarah Palin, l’égérie du Tea Party, O’Donnell a suscité l’incompréhension et l’hilarité depuis sa surprenante victoire lors des primaires du 14 septembre. Accusée d’irrégularités financières, fustigée pour son incompétence, suspectée d’avoir menti sur ses diplômes universitaires, elle a d’abord dû expliquer en long et en large qu’elle n’était pas une sorcière, contrairement à ce qu’elle avait affirmé naguère sur un plateau de télévision.

Sorcière ou pas, Christine O’Donnell a jeté un mauvais sort sur le Parti républicain qui, à cause d’elle, risque de manquer une majorité au Sénat qui se jouera sans doute à un siège ou deux près. On élit ce mardi trente-sept sénateurs sur les cent que compte la Haute Assemblée. Les Démocrates y conservent déjà quarante élus et d’aucuns pensent qu’ils parviendront à obtenir les onze sièges supplémentaires qui leur sont nécessaires, même si la possible défaite de leur chef de file, le sénateur du Nevada Harry Reid, serait en soi tout un symbole.

Le cataclysme qui se profile à la Chambre des Représentants ne sera, quant à lui, pas que symbolique. Tout porte à croire, en effet, que les Républicains y enlèveront bien plus que les quarante sièges qui leur manquent aujourd’hui pour avoir la majorité. Certains analystes anticipent un raz-de-marée qui donnerait au GOP plus de 250 sièges sur les 435 en jeu ce 2 novembre. Les Démocrates disposent actuellement de 255 élus à la Chambre.

Pour y parvenir, les Républicains ont concentré leurs efforts sur les circonscriptions qui, de l’Ohio à la Pennsylvanie ou la Virginie, avaient élu un député démocrate en 2008, tout en votant pour John McCain à la présidence. C’est là qu’un scrutin aux allures de référendum sur M. Obama, deux ans après son élection, est le plus susceptible de profiter aux candidats républicains.

Quel que soit le résultat, une chose est sûre : Barack Obama sera confronté, pour le reste de son mandat, à un Congrès beaucoup plus hostile (les Républicains ont d’ores et déjà annoncé leur intention d’abroger la loi sur la réforme de l’assurance-maladie). Cela pourrait paralyser l’action de son gouvernement et compromettre ses chances de réélection. Le Tea Party raille déjà son premier mandat en le faisant passer pour "le second mandat de Jimmy Carter" (l’ancien président démocrate n’avait pas été réélu en 1980)

A contrario, si le pays se retrouvait bloqué dans une impasse, en pleine crise économique et sans résorption significative du chômage, le Président pourrait aisément, en 2012, en rejeter la faute sur l’obstruction des Républicains au Congrès. Lui et son parti pourraient alors profiter d’un nouveau mouvement de balancier pour remporter le prochain scrutin.


Une affaire de femmesInde. Le scrutin de ce mardi est aussi une affaire de femmes. Il y a les candidates du Tea Party au Sénat : Sharron Angle au Nevada (où elle pourrait battre le président du Sénat sortant, Harry Reid) et Christine O’Donnell au Delaware. Il y a la candidate démocrate pour le poste de gouverneur de la Floride Alex Sink. Et sa collègue républicaine Meg Whitman qui brigue le poste en Californie (elle a dépensé 160 millions de dollars pour y parvenir). Il y a encore Nikki Haley dont les parents, Indiens, sont nés à Amritsar, et qui aspire à gouverner la Caroline du Sud. (Ph. P.)

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