Le revers des démocrates aux législatives met Obama en position délicate

Le président américain a annoncé aux leaders républicains qu'il souhaitait trouver un terrain d'entente avec eux après leur large victoire à la Chambre des représentants à l'issue des législatives organisées mardi aux Etats-Unis, a indiqué tôt mercredi la Maison Blanche. H.Gutman: "Ce qui s'est passé hier soir ne changera rien" Dossier: Les élections de mi-mandat aux USA Photos: élections de mi-mandat

Le revers des démocrates aux législatives met Obama en position délicate
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Le revers des démocrates aux législatives affaiblit Barack Obama, qui va devoir à la fois répondre aux inquiétudes des Américains sur l'économie et composer habilement avec les républicains s'il veut espérer rester dans l'histoire comme le président de deux mandats.

Avec la perte de la Chambre des représentants et une majorité entamée au Sénat pour les démocrates, la saison électorale de 2010 signe la fin d'une période ouverte il y a deux ans, lors du triomphe enregistré par M. Obama et ses alliés sur une promesse d'"espoir" et de "changement". Face à des adversaires désormais solidement établis au Congrès, M. Obama voit s'évanouir toute perspective immédiate de légiférer sur une réforme de l'immigration ou contre le réchauffement climatique.

Dès que la nouvelle Chambre sera investie en janvier, le président pourrait même devoir défendre son ambitieuse réforme de l'assurance-maladie, à laquelle les républicains ont promis de couper les fonds. Pourtant, le scrutin de mardi recèle aussi des motifs d'espoir pour le héraut du "yes we can" dans la perspective de la présidentielle de 2012, à commencer par l'extrême volatilité de l'électorat indépendant, qui, excédé par la situation économique du pays, a fait défaut à son camp après avoir été décisif dans sa victoire d'il y a deux ans.

"L'une des évolutions les plus importantes de la politique américaine d'aujourd'hui est la disparition de l'identification à un parti", explique Bruce Buchanan, de l'université du Texas à Austin. Les sondages de sortie des urnes effectués mardi soir par les télévisions américaines ont montré que jusqu'à 88% des électeurs estimaient que la situation économique était mauvaise, tandis que 35% seulement étaient convaincus que le pays allait dans la bonne direction.

Même s'il a fait valoir lors de la campagne, où il s'est énormément investi, que réparer le "gâchis" économique provoqué selon lui par la politique de son prédécesseur George W. Bush prendrait du temps, M. Obama a logiquement payé le prix d'une reprise balbutiante qui peine à se traduire concrètement pour les Américains. "Nous avons dû faire face à la pire récession économique depuis la Grande dépression (des années 1930). A chaque fois que de telles conditions étaient réunies, le parti au pouvoir a été battu à plate couture", a remarqué Ed Rendell, gouverneur démocrate sortant de Pennsylvanie.

Une solide reprise serait bienvenue pour M. Obama s'il veut espérer un nouveau bail à la Maison Blanche. Doper la croissance, mais aussi réduire les déficits, comme il s'y est engagé, devraient constituer du reste des objectifs communs pour lui et les républicains, même si les moyens d'y arriver diffèrent. La conférence de presse que va donner M. Obama mercredi devrait donner de premiers indices de la stratégie qu'il adoptera dans les mois à venir: opposition frontale, menace d'un veto à la clé, ou tentative de trouver le plus petit dénominateur commun avec ses adversaires. Mais M. Obama ne s'est jusqu'ici pas révélé aussi expert en la matière que ses prédécesseurs, Bill Clinton en tête, bien qu'il ait promis pendant sa campagne de 2008 de changer la façon dont Washington fonctionne.

Le président a accusé les républicains d'obstruction, mais ces derniers lui ont reproché de ne pas avoir suffisament pris leurs suggestions en considération. Et la campagne qui vient de s'achever a donné lieu à des échanges plus qu'acerbes entre les deux camps. Pourtant, le président, observe le politologue Dan Shea, "va devoir offrir un rameau d'olivier" à ses adversaires, ne serait-ce que pour reconquérir les faveurs des modérés.

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