Etats-Unis: incertitudes sur l’économie

Une élection “de crise”. Un referendum sur Barack Obama, mais aussi sur l’économie. Sans surprise, les Américains ont sanctionné le parti censé conduire la relance.

Etats-Unis: incertitudes sur l’économie
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Stéphanie Fontenoy

Une élection “de crise”. Un referendum sur Barack Obama, mais aussi sur l’économie. Sans surprise, les Américains ont sanctionné le parti censé conduire la relance. Au lendemain du scrutin, le président a reconnu la frustration de ses compatriotes. “Nous avons stabilisé l’économie, nous avons des créations d’emplois, dans le secteur privé, mais les Américains ne ressentent pas ces progrès. Ils veulent que l’emploi revienne plus vite, ils veulent plus de pouvoir d’achat, et ils veulent que leurs enfants aient les mêmes possibilités que celles qu’ils ont eues.” Le nouveau Congrès, aux couleurs rouges et bleues, sera-t-il plus à même de régler les problèmes de l’économie et de favoriser la croissance ?

La solution proposée par les Républicains est simple et draconienne: baisses d’impôts et réduction drastiques des dépenses publiques. Les Démocrates veulent maintenir les baisses d’impôts pour les ménages qui gagnent moins de 250 000 dollars par an, mais les supprimer pour les plus fortunés des Américains. Les Républicains refusent que l’on touche à ce cadeau fiscal hérité de l’ère Bush et qui selon eux bénéficie à la consommation et à la création d’emplois.

Les grands vainqueurs du scrutin ont fait campagne sur le thème de la discipline budgétaire et de la réduction du déficit. Ceux-ci ont promis de réduire la taille du gouvernement, de dépecer la toute nouvelle réforme de la santé, de mettre fin aux programmes sociaux comme le prolongement des allocations de chômage et de bloquer de nouveaux investissements dans les infrastructures. Une commission bipartisane pour réfléchir à la manière d’équilibrer le budget et de réduire le déficit a été nommée cet été par le président Obama et devrait rendre un premier rapport le 1er décembre.

Sur les questions économiques, le face à face idéologique s’annonce difficile. Certains redoutent d’ailleurs un blocage pur et simple des réformes, le scénario le plus noir pour la relance. Dans le cas où les deux partis accepteraient de négocier, les Républicains peuvent-ils faire mieux que les Démocrates pour sortir le pays de l’ornière économique dans laquelle George W. Bush l’a embourbé ? Si Barack Obama s’est dit ouvert à toutes les bonnes idées pour créer des emplois, la plupart des économistes mettent en question les ambitions des Républicains. “Nous connaissons les accomplissements des Républicains du temps où ils tenaient la Maison-Blanche et le Congrès, entre 2001 et 2006. Ils ont largement creusé le déficit fédéral en réduisant les impôts mais en ne touchant pas aux dépenses publiques. Auront-ils le courage cette fois de réduire les dépenses? Et si oui quelles dépenses ?”, doute Uwe Reinhardt, professeur d’économie à l’université de Princeton. Un tel programme amincissant, en période de crise, est-il le bon? Rien n’est moins sûr. Interrogé sur ce point, le président Obama a refusé par avance de “tailler dans les investissements essentiels qui vont nous assurer une économie compétitive et en croissance dans les années à venir”. M. Obama a ainsi cité l’éducation, la recherche sur l’automobile propre et les grandes infrastructures de transports, telles que des chemins de fer ou des aéroports. Il a invité les Républicains à définir avec lui des priorités communes, avertissant qu’il y aurait “des choix difficiles”.

Pour l’économiste Uwe Reinhardt, Républicains comme Démocrates ont au final peu d’emprise sur l’économie. “Les Républicains ne peuvent pas changer grand-chose aux chiffres de l’emploi, aux déséquilibres commerciaux, à la valeur du dollar et au taux d’intérêt car aucun gouvernement ne le peut. Les forces du marché sont tellement puissantes que toute intervention du gouvernement n’est rien de plus que d’une stimulation avec un cure-dent.”

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