Etats-Unis: un Congrès recomposé

La frustration provoquée principalement par la crise économique a coûté mardi à Barack Obama et aux Démocrates, comme on le prévoyait, le contrôle de la Chambre des Représentants, mais ils ont pu sauver de justesse leur majorité au Sénat. Obama tend la main aux républicains La Maison Blanche veut récupérer tout l'argent public investi dans GM La Maison Blanche veut récupérer tout l'argent public investi dans GM Obama invite les chefs républicains Climat: les législatives jettent un coup de froid sur les projets d'ObamaEdito: Un autre Obama ? Incertitudes sur l’économie Les résultats Etat par Etat Dossier: Les élections de mi-mandat Photos: élections de mi-mandat

Etats-Unis: un Congrès recomposé
©EPA
Philippe Paquet, envoyé spécial

La frustration provoquée principalement par la crise économique a coûté mardi à Barack Obama et aux Démocrates, comme on le prévoyait, le contrôle de la Chambre des Représentants, mais ils ont pu sauver de justesse leur majorité au Sénat. La situation est donc moins catastrophique qu’elle ne l’était pour Bill Clinton quand il essuya aux “midterms” de 1994 un revers dans les deux assemblées. Le Président n’en devrait pas moindre connaître une fin de mandat très difficile.

Le ressentiment d’une partie considérable de l’électorat se mesure à l’ampleur de la vague républicaine. Avec un gain qui devrait dépasser les soixante sièges à la Chambre, le GOP fait mieux que lors de la fameuse “révolution” républicaine de 1994. Il s’agit, en fait, du renversement de majorité le plus spectaculaire depuis 1948, quand l’élection de Harry Truman s’était accompagnée d’un raz-de-marée démocrate à la Chambre avec une progression de 75 sièges.

Le Parti démocrate semble avoir particulièrement pâti du mécontentement des seniors – lesquels redoutent que la réforme de l’assurance-maladie se fasse aux dépens de leur couverture spécifique (le “Medicare”) – et du désenchantement des jeunes, trop souvent confrontés au chômage et à un avenir moins rose que celui que le candidat Obama leur avait promis.

La première victime de ce grand chambardement sera Nancy Pelosi, “speaker” de la Chambre, dont les Républicains avaient fait leur tête de turc. Elle devrait être remplacée au perchoir par John Boehner, le député républicain de l’Ohio qui, bafouillant et sanglotant, avait du mal à cacher son émotion mardi soir en prononçant son discours de victoire.

S’il a voulu se montrer humble en proclamant que le seul gagnant du scrutin était “le peuple américain”,M. Boehner n’en a pas moins annoncé la couleur en prônant une approche qui “n’a jamais été suivie par aucun des deux partis” pour effectuer des coupes budgétaires et réduire la taille du gouvernement. Il a solennellement appelé le Président à entendre “le message” des électeurs en se ralliant à cette politique.

Au Sénat, les Démocrates ont miraculeusement limité la casse grâce aux victoires cruciales de Joe Manchin en Virginie-Occidentale et de Barbara Boxer en Californie, et à la réélection homérique du chef de la majorité sortante, Harry Reid, au Nevada. Les Démocrates ont dû, certes, essuyer des défaites hautement symboliques : l’ancien siège de Barack Obama dans l’Illinois est allé au Républicain Mark Kirk, tandis que le vétéran Russ Feingold, coauteur naguère avec John McCain d’une loi sur le financement des partis, a subi une humiliante éviction dans le Wisconsin.

Deux sièges étaient encore en ballottage mercredi soir, mais le Parti démocrate devrait disposer de 51 sénateurs face à 46 ou 47 Républicains et deux ou trois indépendants. Parmi ceux-ci, peut-être, la sénatrice sortante de l’Alaska Lisa Murkowski qui, mise sur la touche par le Parti républicain sous la pression du Tea Party, s’est présentée en utilisant la procédure du “write-in” qui permet aux électeurs de choisir un candidat dont le nom n’est pas sur les bulletins de vote. Un seul sénateur fut jamais élu de cette façon dans l’histoire du pays, feu la célébrité de Caroline du Sud Strom Thurmond, qui battit ensuite tous les records de longévité au Sénat et mourut centenaire.

Le cas de Mme Murkowski illustre les fortunes diverses des candidats défendus par le Tea Party. Le mouvement ultra-conservateur peut se prévaloir des succès des futurs sénateurs Marco Rubio en Floride et Rand Paul au Kentucky, ou de celui de Nikki Haley qui deviendra la première femme et la première représentante d’une minorité ethnique (ses parents sont des immigrants indiens) à gouverner la Caroline du Sud. Mais le Tea Party a dû encaisser les échecs cuisants de trois candidates au Sénat : Christine O’Donnell au Delaware, Carly Fiorina en Californie et, surtout, Sharron Angle qui défiait Harry Reid au Nevada.

Enfin, la bataille des gouverneurs a, elle aussi, tourné au très net avantage des Républicains, qui devraient diriger désormais deux tiers environ des Etats. Cela est d’une extrême importance pour trois raisons au moins. Les gouverneurs jouent d’abord un rôle dans l’exécution des politiques nationales décidées à Washington. Ils ont ensuite leur mot à dire dans le redécoupage des circonscriptions électorales auquel on procède tous les dix ans et ce sera le cas dans la foulée du recensement démographique de cette année. Ils peuvent enfin mettre leur machine de guerre à la disposition des candidats à l’élection présidentielle.

Or, dans cette dernière perspective, des Etats aussi décisifs que la Floride (où la Démocrate Alex Sink a finalement concédé la victoire à Rick Scott), l’Ohio, la Pennsylvanie et le Michigan, sont restés ou sont tombés dans l’escarcelle des Républicains, ce qui constituera un handicap en 2012 pour Barack Obama ou tout autre candidat démocrate.

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