Le Tea Party est-il pris à son propre piège ?

Avec l’élection de Barack Obama, la carte politique des Etats-Unis s’était radicalement transformée. Du rouge, couleur des Républicains, des régions et des Etats entiers étaient passés au bleu, couleur des Démocrates. Les adversaires d'Obama veulent imprimer leur marque au Congrès avant 2011 Chroniques d’un libertarien solitaire Dossier: Les élections de mi-mandat Photos: élections de mi-mandat

Le Tea Party est-il pris à son propre piège ?
©Photonews
Philippe Paquet

Analyse Envoyé spécial à Washington

Avec l’élection de Barack Obama, la carte politique des Etats-Unis s’était radicalement transformée. Du rouge, couleur des Républicains, des régions et des Etats entiers étaient passés au bleu, couleur des Démocrates. L’Amérique n’était plus cet océan de conservatisme s’étendant uniformément jusqu’aux rivages libéraux de l’Atlantique et du Pacifique. D’aucuns saluaient l’aube d’une ère nouvelle. Si un Président noir avait pu gagner en Virginie, un Etat qui avait interdit jusqu’en 1967 les mariages entre conjoints de races différentes, c’est que quelque chose avait profondément changé dans la texture politique du pays. Et ce changement, prédisait-on, serait durable.

Deux ans plus tard, tout a été spectaculairement balayé par la vague républicaine qui a déferlé mardi sur l’Amérique, procurant le sentiment d’un grand bond en arrière, d’un retour à la case départ. Les Républicains sont solidement aux commandes de la Chambre, il ne leur manque que trois ou quatre sièges pour contrôler le Sénat, ils ont des gouverneurs dans pratiquement deux tiers des Etats de l’Union, et jusque dans le Maine où Paul LePage succédera en janvier au Démocrate John Baldacci. Non seulement le conservatisme est de retour, mais il semble plus affirmé, plus radical, plus conquérant qu’il ne l’était sous la présidence du "compatissant" George W. Bush.

L’irruption sur la scène politique du Tea Party, qui est à l’origine de la victoire de Paul LePage comme du succès de tant d’autres élus mardi, explique en grande partie ce phénomène. Mouvement populiste hostile aux impôts destinés à financer des programmes sociaux, et au gonflement de la bureaucratie fédérale à Washington, le Tea Party a élargi ses ambitions au fil des deux dernières années pour forcer le Parti républicain, et l’Amérique à sa suite, à renouer avec les valeurs des "pères fondateurs" de la nation.

Sans doute le bilan du scrutin n’est-il pas pour lui entièrement satisfaisant. Le Tea Party n’a ainsi pas pu faire élire deux des figures les plus médiatisées de ces législatives de la mi-mandat : Christine O’Donnell et Sharron Angle, candidates au Sénat dans le Delaware et le Nevada respectivement. Un autre poulain du mouvement, Ken Buck, ne deviendra pas davantage sénateur du Colorado malgré un résultat très serré. Et, en Alaska, Joe Miller ne sera très probablement pas en mesure de battre Lisa Murkowski, la sénatrice sortante dont le Tea Party avait voulu se débarrasser.

Il n’empêche que le coup d’essai du Tea Party est un coup de maître. Les six nouveaux sénateurs républicains élus mardi ont tous bénéficié, à des degrés divers, du soutien du mouvement. Trois d’entre eux, Marco Rubio en Floride, Rand Paul au Kentucky et Pat Toomey en Pennsylvanie, sont des étoiles montantes du Parti républicain dont la carrière, prédit-on, ne devrait pas s’arrêter en si bon chemin. On les prétend d’ores et déjà présidentiables.

A la Chambre, une soixantaine des quelque 80 nouveaux députés républicains gravitent pareillement dans l’orbite du Tea Party. Les chefs de file et les élus du mouvement souhaitent dès lors que ce poids se traduise en influence effective. Rand Paul évoquait, dès le soir de l’élection, la création d’un caucus du Tea Party au Sénat. La représentante du Minnesota Michele Bachmann brigue, quant à elle, le poste de "conference leader", la quatrième plus haute position au sein de la majorité à la Chambre.

Les analystes n’en soulignent pas moins la contradiction inhérente à ces revendications. Le Tea Party s’est constitué en mouvement informel (il n’a pas de structures, de hiérarchie, de membres en tant que tels), en dehors des institutions, voire contre elles. Comment va-t-il préserver son originalité et son intégrité en participant au gouvernement, en faisant la politique plutôt qu’en la critiquant, en se donnant des dirigeants dont on voit dès maintenant les ego s’affronter et les calculs politiques s’esquisser ?

Dans l’ombre du Tea Party se joue aussi le destin personnel de Sarah Palin. Elle n’est pas la seule égérie du mouvement - le sénateur de Caroline du Sud Jim DeMint et le polémiste Glenn Beck sont deux autres de ses maîtres à penser - mais elle est incontestablement sa plus forte personnalité. L’ex-gouverneur de l’Alaska est brillamment parvenue à tourner ces législatives en tremplin pour une éventuelle candidature à la présidentielle de 2012.

Celle qu’on surnomme "Mama Grizzly" s’est constituée une solide clientèle, des hommes et surtout des femmes qui, comme Nikki Haley et Susana Martinez, appelées à gouverner l’une la Caroline du Sud, l’autre le Nouveau-Mexique, lui sont redevables de leur élection et ne manqueront pas de payer leur dette en apportant un soutien crucial au sein de l’appareil du Parti et lors des primaires d’abord, en mobilisant l’électorat lors du scrutin présidentiel ensuite.

Sarah Palin a, plus encore, fait la démonstration d’un instinct politique convaincant en choisissant très tôt des candidats - de parfaits novices quelquefois - et en les appuyant jusqu’au bout. Elle a parfois fait chou blanc, mais elle a très souvent réussi à injecter du sang neuf dans les élites d’un Parti qui se sclérosait. Et sur ce terrain, pour l’heure, il ne se trouve personne qui soit capable de lui faire de l’ombre.


Nouveau Start ?Désarmement. Le président américain Barack Obama a dit jeudi "espérer" que le traité de désarmement nucléaire russo-américain, dit "nouveau Start", pourra être ratifié au Congrès avant l’entrée en fonction, en janvier, du parlement issu des élections législatives de mardi. " Nous avons négocié avec la Russie des réductions importantes de notre arsenal nucléaire. C’est le genre de choses qui a toujours été soutenu par les deux partis" au Congrès, a justifié M. Obama à l’issue d’une réunion de son Conseil des ministres. (AFP)