Diplomatie pour les nuls : "Septième ciel"

La plaisanterie circule depuis longtemps, mais elle a retrouvé de l’actualité avec les mesures de sécurité encore renforcées dans les aéroports américains : ne faudrait-il pas définitivement se résigner à voyager tout nu et sans bagage dans les avions ? Pour autant, bien sûr, qu’on puisse choisir ses compagnons de voyage.

Diplomatie pour les nuls : "Septième ciel"
©AFP Internet

La plaisanterie circule depuis longtemps, mais elle a retrouvé de l’actualité avec les mesures de sécurité encore renforcées dans les aéroports américains : ne faudrait-il pas définitivement se résigner à voyager tout nu et sans bagage dans les avions ? Pour autant, bien sûr, qu’on puisse choisir ses compagnons de voyage.

Certes, nul ne songe à contester la nécessité de veiller à la sécurité du transport aérien, bien que la sécurité absolue soit une illusion. Mais, tandis qu’on s’acharne à fouiller et refouiller les passagers jusqu’à les dégoûter de prendre l’avion, le cargo, lui, ne fait l’objet que de contrôles erratiques. On l’a appris au lendemain des attentats du 11 Septembre et manifestement rien de convaincant n’a été fait pour y remédier, comme l’a rappelé récemment la découverte de colis piégés à destination de Chicago. Un conteneur rempli d’explosifs peut ainsi voyager impunément, mais gare à l’inconscient qui voudrait embarquer avec une bouteille d’eau ou un pot de crème pour la peau.

C’est d’autant plus étonnant que les voyageurs en partance pour les Etats-Unis ont déjà dû passer un "screening" rigoureux. Pour demander leur visa d’entrée ou en être exemptés dans le cadre du programme Esta, ils ont dû répondre à des questions éliminatoires. Par exemple : "Avez-vous autrefois été impliqué(e), ou êtes-vous maintenant impliqué(e), dans des activités d’espionnage ou de sabotage; de terrorisme; de génocide; ou, entre 1933 et 1945, avez-vous participé, de quelque (sic) façon que ce soit, à des persécutions perpétrées au nom de l’Allemagne nazie ou de ses alliés ?"

On sait que, dans une certaine tradition protestante, nier avoir commis un crime est plus grave que de l’avoir commis. Néanmoins, on mesure l’embarras des candidats voyageurs qui ne savent pas quoi répondre. Les parents d’Adolf Hitler auraient-ils dû considérer qu’ils avaient, d’une certaine façon, "participé aux persécutions perpétrées au nom de l’Allemagne nazie" ? Et quid d’un terroriste qui voudrait devenir un espion, ou inversement : doit-il répondre deux fois oui, deux fois non, ou oui et non ?

Avoir bien répondu à toutes les questions n’offre, de toute manière, aucune certitude de pouvoir entrer aux Etats-Unis. Une charmante consœur vient de se voir refuser un visa parce que la photo apposée sur sa demande n’était pas acceptable : on n’y voyait pas bien son oreille gauche, laquelle fournit, comme chacun sait, des renseignements uniques sur l’identité de son propriétaire.

De toute façon, que vous ayez finalement obtenu un visa ou que vous en ayez été dûment dispensé après avoir vaillamment rempli les formalités du programme Esta, vous n’avez encore aucune garantie d’être admis sur le sol américain. Une fois arrivé au poste frontière, l’officier de l’immigration va vous soumettre derechef à un interrogatoire à côté duquel les "questions pour un champion" de Julien Lepers font figure d’entretien d’embauche chez MACtac.

Une fois cet ultime obstacle franchi, il faut reconnaître, toutefois, que l’ivresse de la liberté est totale. Plus personne ne viendra vous empêcher d’apprécier les charmes de ce qui est - il faut bien en convenir - le plus beau pays du monde. Une cour de Californie vient même de statuer qu’il était illégal de demander leurs papiers aux clandestins qui ont réussi à s’infiltrer en Arizona.