Dindon de la farce

Parmi les perles qui émaillent - comme on s’en doute - les mémoires de George W. Bush, il y a cette légende d’une photo qui montre le Président américain au volant d’un 4X4 avec, à ses côtés, le prince héritier d’Arabie saoudite Abdullah.

Dindon de la farce
©D.R.

Parmi les perles qui émaillent - comme on s’en doute - les mémoires de George W. Bush, il y a cette légende d’une photo qui montre le Président américain au volant d’un 4X4 avec, à ses côtés, le prince héritier d’Arabie saoudite Abdullah. Ils sont, précise le texte, "en virée" (sic) autour du ranch présidentiel à Crawford, Texas. "Lorsqu’une dinde est apparue au milieu de la route", raconte M. Bush, "il m’a agrippé le bras : "Mon frère, c’est un signe d’Allah"."

On n’en doute pas, et d’autant moins que le 43e président des Etats-Unis a entretenu des relations privilégiées avec dindes et dindons. On sait qu’en vertu d’une tradition solidement établie depuis que Harry Truman l’instaura en 1947, les locataires de la Maison-Blanche gracient une dinde ou deux chaque année pour la fête américaine de Thanksgiving, lors de laquelle des millions de ces volatiles passent à la casserole. Et on se souvient qu’en une occasion, l’animal se montra moins docile qu’à l’ordinaire et plongea résolument la tête dans le pantalon du chef de l’Etat - une photo avait immortalisé l’audace et fit un carton sur Internet.

Nos lecteurs ignorent sans doute - mais ils vont l’apprendre - qu’il existe une variété australienne de dinde appelée "Brush Turkey". Cette appellation contrôlée est souvent déformée en "Bush Turkey", plus que probablement par référence erronée à la "brousse" de l’île-continent, le bush.

La "dinde de Bush" La confusion est probablement appelée à se généraliser maintenant qu’on sait qu’une espèce hante le ranch familial et surgit au détour d’une route au moment opportun. Car le Président explique que c’est cette apparition magique, ou divine, qui dissuada le prince Abdullah de prendre congé prématurément de son hôte dont il n’aimait pas le discours exagérément pro-israélien.

Une dinde au secours de la diplomatie américaine C’est bon à retenir car les successeurs de M. Bush pourraient en avoir grand besoin. Pas nécessairement Barack Obama, qui semble s’y connaître un peu plus en la matière que son prédécesseur, mais, par exemple, une certaine Sarah Palin, qui n’en rate pas une alors même qu’elle n’est pas encore élue. Interrogée mardi sur la tension dans la péninsule coréenne, elle a déclaré que les Etats-Unis devaient "évidemment se ranger aux côtés de leur allié nord-coréen".

La mère de George W. et l’épouse d’un autre Président, Barbara Bush, 85 ans, n’est pas la dernière à s’inquiéter. Donnant son sentiment sur l’ex-gouverneur de l’Alaska, qui anime à présent une émission de téléréalité vantant les charmes de la "dernière frontière", elle se permit récemment cette jolie perfidie : "Mme Palin est visiblement très heureuse en Alaska. J’espère qu’elle y restera."

Quant à George W. Bush, on ignore s’il est heureux là où il est, de retour dans son cher Texas. On vend en tout cas, à Washington, des T-shirts à son effigie, assortis d’une question : "Je vous manque déjà ?" On aurait presque envie de répondre : "D’une certaine façon, oui."