Thaïlande: la reine d'être derrière le coup d'Etat de 2006

Un ex-Premier ministre thaïlandais a accusé la reine d'être derrière le coup d'Etat de 2006, selon une note diplomatique américaine qui a poussé le gouvernement de Bangkok à réaffirmer mercredi la neutralité de la monarchie.

Thaïlande: la reine d'être derrière le coup d'Etat de 2006
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Un ex-Premier ministre thaïlandais a accusé la reine d'être derrière le coup d'Etat de 2006, selon une note diplomatique américaine qui a poussé le gouvernement de Bangkok à réaffirmer mercredi la neutralité de la monarchie.

Samak Sundarajev "a fait preuve de dédain pour la reine Sirikit, affirmant qu'elle avait été responsable du coup d'Etat de 2006", indique ce télégramme de l'ambassade des Etats-Unis à Bangkok daté d'octobre 2008, et obtenu du site WikiLeaks par le quotidien britannique The Guardian.

L'ex-chef du gouvernement, décédé l'an passé, accusait aussi l'épouse du roi Bhumibol, âgé de 83 ans, d'être derrière les "chemises jaunes" de l'Alliance du peuple pour la démocratie (PAD), un mouvement royaliste qui manifestait à Bangkok pour faire chuter le gouvernement.

Samak "se considère comme fidèle au roi mais a laissé entendre que l'ordre du jour politique de la reine différait de celui de son mari", souligne la note. La famille royale n'a, officiellement, aucun rôle politique en Thaïlande. Son image est protégée par un code pénal qui réprime sévèrement le crime de lèse-majesté.

"Nous voulons répéter que la monarchie thaïlandaise est au-dessus de la politique partisane, au-dessus des conflits politiques qui se sont produits", a déclaré à l'AFP mercredi un porte-parole du ministère des Affaires étrangères. "Dans un passé récent, certaines parties (...) ont tenté d'attirer la monarchie dans l'arêne politique. Nous ne devrions pas accorder de foi à ces tentatives", a ajouté Thani Thongphakdi.

Au printemps dernier, plus de 90 personnes ont été tuées et 1.900 blessées lors de deux mois de manifestations des "chemises rouges", qui réclamaient, notamment, le retour à l'ordre constitutionnel en vigueur avant le putsch. Une grande partie des "rouges" soutiennent l'ex-Premier ministre Thaksin Shinawatra, renversé par le coup et aujourd'hui en exil.

Samak, un allié de Thaksin, avait pour sa part accédé au pouvoir en 2007, lors des premières élections post-coup. Il avait été contraint par la Cour constitutionnelle à la démission après un peu plus de sept mois de pouvoir. Il est décédé fin 2009 d'un cancer du foie à l'âge de 74 ans.

Une seconde note diplomatique critique la reine pour sa participation à des obsèques d'un manifestant des "chemises jaunes", tué lors d'affrontements avec la police.

"L'apparition de la reine était une bévue significative, compromettant la perception du public sur la neutralité du palais", estime-t-elle. Un proche du palais a aussi affirmé que le roi avait "explicitement" demandé à l'armée de ne pas faire de nouveau coup d'Etat fin 2008.

Un conseiller de Thaksin a pour sa part fait état d'un projet d'assassinat contre l'icône des "rouges", pour un contrat d'à peine quelques centaines de milliers de bahts (autour de 10.000 dollars).