Là où la monnaie unique ne séduit plus

La Slovaquie est passée depuis bientôt deux ans à l’euro et les spécialistes estiment que son économie, certes frappée par la crise, en a bénéficié. Pourquoi donc l’économiste Richard Sulik, président de l’Assemblée, a-t-il déclaré au quotidien économique "Hospodarské Noviny" que "la Slovaquie devait préparer un plan B, qui pourrait voir l’abandon de l’euro et le retour à la couronne" ?

Christine Dupré
Là où la monnaie unique ne séduit plus
©Reporters

Correspondante en Europe centrale

La Slovaquie est passée depuis bientôt deux ans à l’euro et les spécialistes estiment que son économie, certes frappée par la crise, en a bénéficié. Pourquoi donc l’économiste Richard Sulik, président de l’Assemblée, a-t-il déclaré au quotidien économique "Hospodarské Noviny" que "la Slovaquie devait préparer un plan B, qui pourrait voir l’abandon de l’euro et le retour à la couronne" ?

Ce coauteur de l’impôt unique (flat tax) qui, au début des années 2000, contribua à l’essor des investissements étrangers dans son pays, dirige aujourd’hui le petit parti "Liberté et Solidarité", membre de la coalition de centre-droit dirigée par Iveta Radicova. M. Sulik a voulu en fait exprimer les frustrations de son pays vis-à-vis des tergiversations européennes quant à la gestion de la crise chez les pays les plus endettés.

Richard Sulik considère depuis longtemps que des investisseurs privés, et non des Etats, auraient dû se porter au secours de la Grèce. Son pays, le plus pauvre de la zone, n’a finalement pas voulu participer à ce sauvetage. Et aujourd’hui, il ne voit pas comment son gouvernement pourrait convaincre ses concitoyens de la nécessité d’un nouveau "serrage de ceinture", si les petits pays plutôt vertueux, nouveaux membres de la zone euro devaient continuer à éponger les dettes des anciens plus riches.

Les Slovaques ont l’habitude de ce genre de déclarations assez radicales, généralement non suivies d’effet. Ivan Miklos, le ministre des Finances, s’est d’ailleurs employé à rassurer ses partenaires et les marchés en affirmant que "la place de la Slovaquie était dans l’Eurozone".

Malgré tout, les déclarations de Sulik ont été largement commentées en République tchèque, chez ces "cousins" qui n’ont pas encore fait le pas de l’adhésion à la monnaie unique. "Les Slovaques anticipent l’implosion de la zone euro", estime Matyas, étudiant en économie plutôt conservateur à l’université Charles à Prague. L’homme de la rue ne pense guère autrement : 70 % des Tchèques étaient, avant même les crises grecque et irlandaise, défavorables à l’abandon de leur couronne, "seule monnaie stable dans l’ Europe des années 30", comme le rappelle fièrement la version tchèque de "Hospodarské Noviny".

Il faut dire que les Tchèques, déjà a priori inquiets d’un renchérissement du coût de la vie avec le passage à la monnaie unique, reçoivent toujours le même son de cloche. Les médias dénoncent tous les jours "les pays dépensiers qui demandent de l’argent".

Miroslav Singer, gouverneur de la Banque nationale nommé l’été dernier par le chef de l’Etat europhobe Vaclav Klaus, estime qu’il est urgent de ne pas se hâter "pour rejoindre une zone dont nombre de membres remplissent désormais moins bien les critères d’adhésion que la République tchèque". Le vice-gouverneur Pavel Rezabek, lui aussi nommé par Klaus, voudrait voir son pays négocier carrément un "opt-out", une clause de non-adhésion à l’euro.

Vaclav Klaus souhaiterait, sans avoir les moyens de l’imposer, faire organiser un référendum sur la question. Et le Premier ministre conservateur Petr Necas, "poulain" de Klaus, affirme que l’adhésion n’est plus à l’ordre du jour "ni en 2011, ni en 2012, ni en 2014", compte tenu de la difficulté de faire passer en si peu de temps les mesures d’austérité ramenant le déficit au-dessous des 3 %. Le gouvernement tchèque est pourtant sous la pression des grands investisseurs allemands dans le pays (Volkswagen entre autres) et du gouvernement Merkel qui voudraient voir très vite s’évaporer les incertitudes liées aux fluctuations de la couronne forte. Mais les Tchèques "pragmatiques" attendent de voir si l’Eurozone survivra à la crise