Un nouveau gouvernement a été formé en Egypte

Le président Hosni Moubarak a formé lundi un nouveau gouvernement en remplacement du cabinet dissous samedi, a annoncé la télévision publique égyptienne. Le mouvement de contestation en Egypte a lancé un appel à la grève générale lundi et à une marche géante mardi, une semaine après le début d'une révolte sans précédent pour chasser le président Hosni Moubarak, qui a fait au moins 125 morts.

AFP
Un nouveau gouvernement a été formé en Egypte
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La télévision officielle égyptienne a annoncé lundi un "nouveau gouvernement" en Egypte, largement inchangé à l'exception du ministre de l'Intérieur Habib el-Adli, dont les manifestants réclamaient le départ. Le nouveau ministre de l'Intérieur est un général, Mahmoud Wagdi. Autre changement, le gouvernement ne comprend aucune personnalité du milieu des affaires, considéré comme proche du fils du président Hosni Moubarak, Gamal, très conspué lui aussi lors des manifestations qui secouent le pays depuis une semaine.

Le ministre de la Culture, Farouk Hosni, candidat malheureux à la direction de l'Unesco en 2009 après avoir déclaré qu'il "brûlerait" les livres israéliens qu'il trouverait en Egypte, est remplacé par un professeur d'université et critique littéraire, Gaber Asfour. Le ministre des Affaires étrangères Ahmed Aboul Gheit est reconduit, de même que celui de la Défense, le général Mohamed Hussein Tantaoui, et celui de l'Information, Anas el-Fekki.

La télévision a cité un décret du président Hosni Moubarak. Ce changement de gouvernement survient à la veille d'une marche géante prévue au Caire à l'appel des manifestants qui réclament sans relâche depuis mardi dernier le départ de M. Moubarak, 82 ans, au pouvoir depuis trois décennies. M. Moubarak avait annoncé samedi la nomination d'un nouveau Premier ministre, issu de l'armée, le général Ahmad Chafic, ancien ministre de l'Aviation. Cette nomination avait été accompagnée de celle du chef des services secrets, le général Omar Souleimane, comme vice-président, un poste vacant depuis l'arrivée de M. Moubarak au pouvoir en 1981. Des manifestants présents lundi dans le centre du Caire ont réagi positivement au limogeage du ministre de l'Intérieur, tout en continuant de réclamer le départ de M. Moubarak.

"Le ministre de l'Intérieur est responsable de toutes les violences, car c'est la police qui a tiré sur les manifestants", estimait l'un d'eux, Hussein Ali. Mais un manifestant, qui refuse de donner son nom, souligne que "nous n'accepterons aucun autre changement que le départ de Moubarak", et un autre, Rifat Ressat assure que "nous voulons un changement complet du gouvernement, avec une autorité civile". Des milliers de personnes étaient toujours rassemblées lundi sur la grande place Tahrir (place de la Libération), épicentre de la révolte dans le centre du Caire. Les affrontements dans de nombreux endroits à travers l'Egypte ont fait au moins 125 morts et des milliers de blessés depuis mardi dernier.

Six journalistes d'Al-Jazeera English arrêtés au Caire

Six journalistes du canal anglophone de la chaîne qatarie Al-Jazira ont été arrêtés lundi au Caire, a annoncé la télévision, qui a été interdite en Egypte après avoir accordé une large couverture aux manifestations anti-gouvernementales. Mais ils ont été libéré après avoir été brièvement arrêtés au Caire et leur caméra a été confisquée, a annoncé la télévision. "Six journalistes d'Al-Jazeera English ont été arrêtés en Egypte après des mesures de répression contre la chaîne d'information", a indiqué la chaîne sur son site internet. "Ils ont été arrêtés à leur hôtel au Caire", a indiqué à l'AFP l'une de leurs collègues qui a préféré ne pas être identifiée.

Cette mesure survient au lendemain de l'interdiction faite à Al-Jazira de poursuivre ses activités en Egypte, où un satellite relevant du gouvernement, Nilesat, a arrêté dimanche la diffusion de la chaîne. Al-Jazira, basée au Qatar, a dénoncé l'interdiction de ses activités comme visant à "faire taire le peuple égyptien".

Les employés d'Al Jazira arrêtés sont de nationalités "australienne, portugaise et britannique", a indiqué à l'AFP un porte-parole de la chaîne, sans préciser le nombre de ressortissants par nationalité.

Grève générale et marche géante pour chasser Moubarak

Le mouvement de contestation en Egypte a lancé un appel à la grève générale lundi et à une marche géante mardi, une semaine après le début d'une révolte sans précédent pour chasser le président Hosni Moubarak, qui a fait au moins 125 morts.

Lundi matin, des milliers de personnes étaient rassemblées sur la place Tahrir (place de la Libération), épicentre de la révolte dans le centre du Caire. Les manifestants comptent sur le bouche-à-oreille pour diffuser leur appel, Internet restant bloqué et le service de messagerie mobile perturbé.

Certains manifestants y ont passé la nuit malgré le couvre-feu en vigueur dans la capitale, à Suez (est) et à Alexandrie (nord) de 15H00 (13H00 GMT) à 08H00 (06H00 GMT).

Autour de la place, cernée par des chars, les militaires contrôlaient les identités des manifestants sans toutefois empêcher leur accès. Des membres de comités populaires vérifiaient qu'aucun policier en civil ne s'infiltre parmi les manifestants. "Ils veulent entrer et briser notre unité", a indiqué un membre d'un comité populaire sous couvert d'anonymat. Non loin de là, des soldats frottaient vigoureusement leurs chars couverts de graffitis anti-Moubarak, sous le regard de leurs supérieurs. Dans la nuit de dimanche à lundi, le président Moubarak, qui fait face à un mouvement de contestation sans précédent en 30 ans de pouvoir, a chargé son nouveau Premier ministre Ahmad Chafic de promouvoir la démocratie par le dialogue avec l'opposition.

Dans une déclaration lue à la télévision, M. Moubarak, 82 ans, a réclamé "de nouvelles mesures, durables, pour plus de réformes politiques, constitutionnelles et législatives par le dialogue avec toutes les parties". Il a appelé le nouveau gouvernement à "rétablir la confiance" dans l'économie et à "lutter de manière décisive contre toutes les formes de corruption". Le président américain Barack Obama avait auparavant appelé à "transition vers un gouvernement répondant aux aspirations" des Egyptiens. Le président de l'Assemblée, Fathi Sorour, a annoncé que les résultats des élections législatives de fin 2010 seraient bientôt "corrigés". Le scrutin avait été boycotté par les principales forces d'opposition qui avaient dénoncé des fraudes.

L'opposant et Prix Nobel de la Paix Mohamed ElBaradei est allé au-devant des manifestants au Caire dimanche soir en promettant "une ère nouvelle". "Je vous demande de patienter, le changement arrive", a-t-il dit par porte-voix aux milliers de manifestants réunis place Tahrir. Le gouvernement a fait preuve de fermeté dimanche, ordonnant à la police de retourner dans les rues du pays qu'elle avait désertées vendredi, et prolongeant d'une heure le couvre-feu. La chaîne satellitaire al-Jazira a été interdite en Egypte.

Lundi, M. Moubarak a nommé le général Mourad Mowafi, ancien gouverneur du Sinaï-Nord, à la tête des services de renseignements, pour remplacer l'influent Omar Souleimane, promu samedi vice-président, une fonction abolie il y a 30 ans et qui pourrait ouvrir la voie à une transition. Au septième jour de manifestations, le pays est en partie paralysé. Les banques et la Bourse sont fermées pour une deuxième journée consécutive et la place du Caire sera de nouveau fermée mardi, selon la télévision publique. L'agence de notation Moody's a dégradé lundi d'un cran la note de l'Egypte, et envisagé de l'abaisser encore à moyen terme. La plupart des distributeurs de billets sont vides.

Le secrétaire général de l'Opep, Abdallah El-Badri, a estimé que les tensions en Egypte pourraient affecter le passage stratégique du canal de Suez et générer une "pénurie" de pétrole. M. El-Badri a affirmé dans des propos rapportés par l'agence Dow Jones Newswires que l'Opep serait alors prête à accroître sa production.

Mais les médias officiels égyptiens ont toutefois assuré lundi que le canal fonctionnait "à pleine capacité" et n'avait pas été affecté par la situation. De nombreux voyagistes ont suspendu les départs des vacanciers, au plus fort de la saison touristique. De nombreux pays dont les Etats-Unis, le Canada, l'Arabie saoudite, la Libye, le Liban, le Japon et l'Australie ont dépêché des avions pour assurer le rapatriement de leurs ressortissants.

Plusieurs groupes, dont le français Lafarge, la banque Crédit Agricole, la compagnie pétrolière russe Loukoïl, le producteur de gaz Novatek ou encore le groupe énergétique allemand RWE, ont décidé d'évacuer les famille de leur personnel expatrié et tout ou partie de leurs salariés étrangers.

Israël, inquiet de préserver ses liens avec l'Egypte, seul pays arabe avec la Jordanie à avoir signé un traité de paix avec l'Etat hébreu, a demandé dans un message secret aux Etats-Unis et à des pays européens de soutenir le régime égyptien, rapporte lundi le quotidien Haaretz.

L'UE décide le gel des avoirs de l'ex-président tunisien Ben Ali et sa femme

Les ministres des Affaires étrangères européens ont décidé lundi de geler les avoirs de l'ex-président tunisien déchu Zine El Abidine Ben Ali et de son épouse Leïla Trabelsi, répondant à une demande en ce sens des autorités tunisiennes, selon une source diplomatique. La décision a été prise lors d'une réunion à Bruxelles des chefs de la diplomatie. Les noms de plusieurs dizaines d'autres membres du clan Ben Ali, fournis par la Tunisie à l'UE, pourraient venir s'ajouter dans les jours à venir à cette liste, selon des diplomates.

Le clan Ben Ali est soupçonné d'avoir détourné durant des années une partie des richesses du pays et d'avoir contrôlé une grande partie de son économie. L'UE a aussi promis au gouvernement de transition de l'aider dans l'organisation d'élections libres. Il lui a aussi promis la reprise des négociations entamées sous Ben Ali en mai 2010, afin d'accorder à la Tunisie un statut avancé, qui ouvre la voie à un traitement douanier préférentiel pour les échanges et un approfondissement de la coopération avec l'UE. Le nouveau ministre tunisien des Affaires étrangères Ahmed Abderraouf Ounaïs est attendu mercredi à Bruxelles.


Jetair a fini l'évacuation de ses voyageurs Le tour-opérateur Jetair a annoncé lundi soir avoir terminé l'évacuation de ses 1.400 voyageurs en vacances en Egypte. Un premier vol retour est attendu dans la nuit de lundi à mardi. Jetair a déployé lundi 5 avions qui ont assuré un pont aérien, avec 8 vols entre 6 aéroports égyptiens et l'aéroport turc d'Antalya, où une équipe de collaborateurs de Jetair et Jetairfly "accueillent, informent et accompagnent" les vacanciers, précise le tour-opérateur dans un communiqué. Selon Jetair, le choix d'Antalya "a permis d'effectuer cette opération le plus vite possible, étant donné le peu de temps dont ces vols disposaient pour être effectués (couvre-feu à partir de 15h00)". L'évacuation a été réalisée dans des conditions difficiles, en raison de la saturation des aéroports et de l'espace aérien égyptiens, indique encore Jetair. Des réunions d'informations sont organisées pour que les voyageurs puissent faire savoir s'ils veulent poursuivre leurs vacances en Turquie ou les interrompre et rentrer en Belgique. Pour les touristes désireux de rentrer, quatre avions, prévus mardi, atterriront à Bruxelles entre 16h30 et 22h00. Un premier avion Jetairfly est attendu en Belgique durant la nuit de lundi à mardi, vers 3h30, avec 185 voyageurs à son bord.


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