Etats-Unis: un climat de haine

Six personnes ont été tuées à Tucson. La cible principale, Gabrielle Giffords, est blessée. Sarah Palin sort éclaboussée de la tuerie. Clinton plaide pour une une action américano-arabe contre l'extrémisme.

Stéphanie Fontenoy
Etats-Unis: un climat de haine
©Photonews

Correspondante aux Etats-Unis

Acte de démence ou geste politique ? Comment expliquer la fusillade qui a fait six morts et treize blessés, dont une élue du Congrès samedi en Arizona ? Alors que l’Amérique s’émeut devant un massacre d’innocents sur son sol, le shérif en charge de l’affaire, Clarence Dupnick, a immédiatement dénoncé le climat politique incendiaire, aussi bien au niveau local que national. Démocrate, le shérif s’en est pris au "vitriol qui sort de certaines bouches pour appeler à démolir le gouvernement".

La cible principale de la tuerie, Gabrielle Giffords, une parlementaire démocrate qui avait prêté serment quelques jours plus tôt, a reçu une balle en pleine tête tirée à bout portant par son agresseur, Jared Lee Longhern, un jeune homme de la région. La victime a survécu mais était hier dans un état critique.

Selon les enquêteurs, le meurtrier était de nature instable, avait abandonné l’université récemment, tenait des propos incohérents sur Internet, sur la politique, le terrorisme et "le contrôle des esprits". Dimanche, il était aux mains de la justice mais refusait de collaborer.

Avant même d’en savoir plus sur le motif du crime, les mots du shérif mettent en cause les tensions partisanes. "La colère, la haine, l’intolérance à l’œuvre dans le pays sont effroyables, et malheureusement, je pense que l’Arizona est devenu une sorte de capitale. Nous sommes devenus le haut lieu des préjugés et de l’intolérance." L’Etat, frontalier avec le Mexique, concentre bien des maux de l’Amérique d’aujourd’hui : la peur du "péril brun", conséquence de la forte immigration illégale venue d’Amérique latine, une crise économique foudroyante avec un des taux de saisies immobilières les plus importants du pays, une animosité envers la réforme de la santé de Barack Obama. Lors des débats de l’été 2009 autour de cette loi sur l’assurance-maladie, plusieurs personnes s’étaient rendues à des rassemblements pistolets à la ceinture, comme l’autorise d’ailleurs la loi de l’Arizona. Des panneaux portants des inscriptions "Mort à Barack Obama" ou "Mort à Michelle et à ses deux stupides enfants" avaient été aperçus dans la foule.

Le 2 novembre dernier, Gabrielle Giffords, qui briguait un troisième mandat de Représentante, avait battu d’un cheveu le candidat du mouvement ultra-conservateur Tea Party. "Cela n’avait jamais été aussi enflammé", se souvient Alfredo Gutierrez, un ancien élu du parlement d’Arizona, au sujet de la dernière campagne pour les législatives.

Après la tragédie, qui a aussi vu périr une fillette de 9 ans, un juge, un assistant de Mme Giffords et trois personnes âgées, les responsables du mouvement Tea Party ont condamné les faits et assuré que le meurtrier Jared Lee Loughner ne figurait pas parmi leurs membres. Les convictions politiques de celui-ci sont d’ailleurs difficilement discernables. Mais la psychose politique s’emballe et éclabousse Sarah Palin, icône d’une certaine droite ultra-conservatrice qui jure de "libérer le pays de la tyrannie d’Obama". Celle-ci avait posté sur son site Internet une carte des Etats-Unis comportant des cibles de personnes à renverser aux élections de mi-mandat, dont Gabrielle Giffords. D’aucuns y voient un funeste message


Clinton plaide pour une une action américano-arabe contre l'extrémisme La secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton, a plaidé lundi à Abou Dhabi en faveur d'une action conjointe des Arabes et des Américains contre l'extrémisme. "Nous avons de l'extrémisme dans notre pays. Une superbe et courageuse membre du Congres, (Gabrielle) Giffords, a été visée par les tirs d'un extrémiste", a déclaré Mme Clinton dans un talk-show de la télévision MBC. Mme Giffords, parlementaire démocrate, a été grièvement blessé à la tête samedi dans sa circonscription de l'Arizona, dans le sud-ouest des Etats-Unis. Le tireur, Jared Lee Loughner, 22 ans, a été arrêté sur les lieux. "Au lieu de se tenir loin l'un de l'autre, nous devons travailler pour empêcher les terroristes, partout où ils se trouvent, de commettre des violences (...). C'est ce que le monde a besoin d'entendre", a ajouté Mme Clinton. "Ce que nous avons besoin de faire, c'est de dire clairement que l'extrémisme ne représente ni les idées arabes ni les idées américaines", a ajouté la responsable américaine, déplorant que "la voix des extrémistes se (fasse) entendre parfois à la télévision".

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