Piet Vanthemsche a "des intérêts" mais "pas de conflit"

Piet Vanthemsche "a des intérêts", qu’il a d’ailleurs ouvertement déclarés, mais ne voit "aucun conflit" entre eux. Le président du Boerenbond a tenu à le préciser après que l’organisation Corporate Europe Observatory (CEO) eut posé des questions sur son indépendance en tant que membre du conseil d’administration de l’Autorité européenne de la sécurité des aliments.

Piet Vanthemsche a "des intérêts" mais "pas de conflit"
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Sabine Verhest

Piet Vanthemsche "a des intérêts", qu’il a d’ailleurs ouvertement déclarés, mais ne voit "aucun conflit" entre eux. Le président du Boerenbond a tenu à le préciser après que l’organisation Corporate Europe Observatory (CEO) eut posé des questions sur son indépendance en tant que membre du conseil d’administration de l’Autorité européenne de la sécurité des aliments. Pour rappel, l’EFSA a pour "seul but de fournir un avis scientifique pour protéger les consommateurs de risques possibles liés à la chaîne alimentaire", affirme son attachée de presse, Lucia de Luca. Organismes génétiquement modifiés (OGM), aspartame, pesticides, allégations nutritionnelles sont autant d’objets d’évaluation de l’agence.

M. Vanthemsche, qui participe au présidium du Comité européen des organisations professionnelles agricoles (COPA) (*), pilote un fonds ayant des participations dans Aveve nv, "un producteur d’aliments qui vend des OGM, mais ni plus ni moins que les autres", insiste-t-il. "On veut toujours me ranger du côté du lobby pro-OGM. Je ne suis pas nécessairement contre les OGM, mais ce n’est pas parce que je ne suis pas contre que je suis dans le lobby pro-OGM. J’ai une position très nuancée et le COPA n’a pas de position univoque, certains de ses membres sont plutôt pour et d’autres contre."

Imaginer qu’il puisse y avoir conflit d’intérêts relève dès lors du "procès d’intention", se défend-il. Car "je siège (au conseil d’administration de l’EFSA) à titre personnel, sur base de mon expérience" - notamment celle qu’il a eue à l’Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire (AFSCA) - et "je n’y représente pas le COPA". "Je ne participerai jamais à des prises de décision si le problème se posait" et "je n’interviens jamais sur le fond d’une nomination, nous vérifions seulement que les procédures ont été bien suivies. D’ailleurs si on me le demandait, je le refuserais : je suis très clair sur ce que je représente et les intérêts que j’ai."

Comme le rappelle Lucia de Luca, dans la réaction qu’elle nous a fait parvenir par e-mail, le conseil d’administration est composé de membres nommés par les Vingt-sept et "choisis pour leur expertise". Ils ne représentent "aucun pays ni secteur". Reste que, dans le même temps, le règlement de l’EFSA indique que "quatre des membres retenus doivent disposer d’une expérience acquise au sein d’organisations représentant les consommateurs et d’autres groupes d’intérêt dans la chaîne alimentaire". Ainsi, Piet Vanthemsche et Matthias Horst ne peuvent représenter aucun secteur d’une part, mais travaillent toujours d’autre part l’un pour le Boerenbond et le COPA, l’autre pour la Fédération des industries agroalimentaires allemandes. Sue Davies reste pour sa part active au sein d’une association de défense des consommateurs, WHICH ?, mais, dit-on à CEO, celle-ci n’a pas vocation à faire du profit.

Pour l’EFSA, "il est plutôt compréhensible que des individus nommés au conseil d’administration aient une expérience appropriée pour les missions". "Si l’on veut avoir quelqu’un qui sait de quoi il parle, qui veut s’investir, qui vient du secteur, il a toujours un intérêt, c’est clair", remarque Piet Vanthemsche, rappelant toutefois que "le conseil d’administration n’interfère jamais dans les avis donnés".

(*) Contrairement à ce que nous indiquions hier, Limagrain n’est pas membre du COPA, mais de la Confédération générale des coopératives agricoles via COOP de France. COPA et COGECA portent ensemble la "voix unie des agriculteurs et de leurs coopératives dans l’UE".


"On désinvestit dans la recherche publique"Lacune. La crédibilité de l’EFSA a été fort mise en cause ces derniers temps. "Au début, ce n’était pas le cas, elle était considérée par tout le monde comme une très grande avancée sur le plan de l’évaluation des risques scientifiques", se souvient Piet Vanthemsche. Puis, "il y a eu des cas malheureux de gens qui ont quitté l’EFSA pour l’industrie". Suzy Renckens, de l’unité OGM, est ainsi partie en mars 2010 pour Sygenta. "Mais le débat s’est surtout cristallisé sur des dossiers politiques qui, comme les OGM, suscitent beaucoup d’émotion. Et l’on a essayé de créer l’image d’une agence à la botte de l’industrie, ce qui n’est pas le cas, estime le patron du Boerenbond. Il faut nous juger sur les faits. L’EFSA évalue les risques et les décideurs politiques prennent leurs responsabilités. Ce n’est pas parce que l’EFSA donne des avis qui ne conviennent pas dans un discours politique que ces avis ne sont pas scientifiques." L’une des critiques émises à l’encontre de l’EFSA est précisément qu’elle base ses évaluations sur des données essentiellement fournies par des entreprises. "Il est vrai que si l’on doit donner un avis sur un nouvel OGM ou un pesticide, c’est que l’industrie a mis un dossier sur la table. Il existe en effet une lacune. Ces vingt dernières années, l’effort public dans la recherche, notamment dans l’agriculture génétique, a été moins fort. Il faut rééquilibrer recherche publique ouverte et indépendante d’un côté, et développements de nouveaux produits au sein des firmes, pharmaceutiques ou autres, de l’autre. On a un peu tendance en Europe à désinvestir des recherches publiques faites par des instances neutres. Cela vaut un vrai débat." S.Vt.