Journée de la femme: Combattre les stéréotypes

La Journée internationale de la femme est l’occasion de constater que le fossé se réduit entre hommes et femmes grâce aux lois antidiscriminations mais c’est pourtant loin d’être gagné. Pour Stéphanie Demoulin (UCL), un passage par la psychologie sociale est plein d’enseignements.

Journée de la femme: Combattre les stéréotypes
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Christian Laporte

La Journée internationale de la femme est l’occasion de constater que le fossé se réduit entre hommes et femmes grâce aux lois antidiscriminations mais c’est pourtant loin d’être gagné. Pour Stéphanie Demoulin (UCL), un passage par la psychologie sociale est plein d’enseignements.

Dans la société actuelle, "les groupes sociaux et les individus sont évalués sur la compétence des personnes et sur leur sociabilité . Mais les croyances et stéréotypes ne sont pas dénués d’ambivalence. Alors que les groupes compétents sont considérés comme asociaux et froids, les groupes sociables sont perçus comme globalement incompétents. Dans l’opposition des genres, les hommes gagnent en compétence là où les femmes sont bien vues pour leur sociabilité. Avec nombre de conséquences" .

Une certitude : les hommes et les femmes ne sont pas encore traités sur pied d’égalité. "Dans les négociations, les hommes reçoivent de meilleures offres que les femmes de la part des membres des deux sexes. Et l’on demande plus aux femmes qu’à leurs homologues masculins. Ceci explique en partie les écarts salariaux entre les genres. Et un même comportement débouche sur des réactions différenciées : une femme exigeante, agressive en négociation salariale, sera évaluée négativement par l’employeur et risquera des répressions. Mais cette agressivité valorisée et perçue comme de l’ambition se traduira positivement pour un homme."

Autre exemple : le stéréotype des femmes faibles en mathématiques et en sciences diminue leurs performances dans ces matières. "La menace du stéréotype est d’autant plus forte que le stéréotype est activé et que l’on juge la personne. Cette menace engendre un stress chez la victime à cause de sa volonté de vouloir l’infirmer. Sa performance baissera et la personne ne disposera plus de toutes ses ressources intellectuelles pour se concentrer sur la tâche. A terme, la menace du stéréotype produit une désidentification au domaine concerné; l’intérêt de la personne pour les maths diminue et reporte son attention sur des matières moins stressantes."

Voilà pourquoi les femmes sont peu attirées pour les domaines technologiques et scientifiques.

Ce statu quo est perpétué par le sexisme ambivalent, par l’attribution de traits à la fois positifs (femmes sociables) et négatifs (femmes incompétentes). Et assure la légitimité du système : "Il accentue les croyances en un monde juste où chaque sexe possède des défauts mais aussi des qualités. Les hommes et les femmes sont représentés différemment. Dans les médias, les photos de femmes incluent souvent l’entièreté du corps là où celles d’hommes se centrent principalement sur le visage. Or, la proéminence du visage influence l’attribution de traits comme l’intelligence et l’ambition."

Pour Stéphanie Demoulin, "un petit nombre de personnes qui arrivent à dépasser les barrières sociales suffit pour couper court à toute action collective. En mettant en évidence des femmes qui ont réussi dans la vie, on augmente l’impression qu’il est possible de réussir mais aussi que celles qui n’y arrivent pas n’étaient pas motivées. En conséquence, les femmes ne se mobilisent pas pour renverser le système puisque les exceptions prouvent qu’on ne discrimine plus dans nos sociétés. Les femmes de pouvoir elles-mêmes perpétuent le système. Face aux difficultés dans leur parcours professionnel et la nécessité d’adopter des comportements typiquement masculins, elles se considèrent comme des éléments d’exception et se distancient des autres membres de leur sexe. Et perpétuent plutôt qu’elles ne remettent en question les stéréotypes de genre".

Pour la psychologue néolouvaniste, "les stéréotypes sont parfois utiles. Il faut être conscient de ses biais et reconnaître que les inégalités existent. Puis être motivé à dépasser ces stéréotypes et concevoir la personne qui nous fait face est un individu et pas un membre d’une catégorie. A propos des femmes, il faut réduire la pression évaluative dans les tâches où elles sont stéréotypées comme incompétentes pour préserver leur performance et l’intérêt pour la tâche". Tous des éléments qui sont des pistes de réflexion afin d’atteindre l’égalité mais pas la similarité entre hommes et femmes.


Femmes plus instruitesDiplômes. En Belgique, les femmes sont de plus en plus instruites, rapporte lundi le SPF Economie. En 2009, 1 115 000 femmes en âge de travailler avaient un diplôme d’enseignement supérieur. Proportionnellement, le niveau d’éducation des femmes est plus élevé que celui des hommes. Ainsi, 31,5 % des femmes peuvent se targuer d’un diplôme d’enseignement supérieur contre 27,4 % des hommes. Cette différence s’est fortement accrue au cours des 10 dernières années. Enfin, la catégorie des travailleurs hautement qualifiés est désormais dominée par les femmes, avec 885 500 femmes pour 833 000 hommes. (Belga)


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