L’UE testera ses centrales nucléaires

Et si cela n’arrivait pas qu’aux autres ? Le déclenchement de la catastrophe de Fukushima a poussé les Européens à s’interroger sur le niveau de sûreté des 143 centrales nucléaires installées dans quatorze (sur vingt-sept) Etats membres de l’Union européenne - dont 7 en Belgique et 58 rien qu’en France.

L’UE testera ses centrales nucléaires
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Olivier le Bussy

Et si cela n’arrivait pas qu’aux autres ? Le déclenchement de la catastrophe de Fukushima a poussé les Européens à s’interroger sur le niveau de sûreté des 143 centrales nucléaires installées dans quatorze (sur vingt-sept) Etats membres de l’Union européenne - dont 7 en Belgique et 58 rien qu’en France.

Le commissaire européen à l’Energie, Günther Oettinger a convoqué mardi à Bruxelles une conférence de haut niveau, rassemblant des représentants des Etats membres, des autorités nationales de la sûreté nucléaire et des responsables des centrales nucléaires.

Au terme de cette réunion, un consensus a été dégagé pour organiser des "tests de résistance" des centrales nucléaires européennes. A la lumière des événements du Japon, "il s’agit de réévaluer tous les risques : tremblement de terre, inondation, tsunami, attaque terroriste, panne qui empêcherait le fonctionnement des appareils électriques de secours", a indiqué le commissaire Oettinger, ajoutant que ces tests seront effectués "conformément avec le droit européen en vigueur". Ils seront menés "sur base volontaire", a précisé l’Allemand.

"Il y a deux ans, les Verts étaient les seuls à réclamer une vraie directive sur la sûreté nucléaire", soupire l’eurodéputé luxembourgeois Claude Turmes. "Aujourd’hui, la Commission apparaît bien démunie". En vertu de la directive du 25 juin 2009 sur la sûreté nucléaire, qui "renforce le rôle et l’indépendance des autorités réglementaires nationales", l’exécutif européen ne peut imposer à un Etat ou à un opérateur de centrale de mener de tels tests.

Par ailleurs, comme les retombées radioactives d’une éventuelle catastrophe qui se déclencherait dans un pays proche de l’UE ne s’arrêteraient pas aux frontières de celle-ci, M. Oettinger a invité des Etats voisins, comme la Suisse, la Russie et la Turquie, à se joindre à l’opération.

Il faudra attendre les prochaines semaines, et la tenue d’une seconde conférence de haut niveau pour que soient définis "les critères et les normes communs" de ces tests, a encore expliqué M.Oettinger. Ces critères prendront cependant en compte la vétusté des réacteurs, de leur localisation, ainsi que de leurs technologie et caractéristiques techniques. Le commissaire a promis que les résultats seraient publiés intégralement.

Si Günther Oettinger affirme que "ces tests devront faire autorité, être respectés, et qu’il faudra en tirer les leçons", il n’a pas encore été décidé de ce qu’il adviendrait des sites nucléaires qui ne rempliraient pas les conditions de sécurité.

S’il est un élément sur lequel ne porte pas la réflexion, c’est sur la redéfinition du mix énergétique dans l’Union, la Commission laissant à chaque Etat membre le soin de faire sa religion en la matière. Certains, comme la France et la Bulgarie pour ne citer qu’elles, sont farouchement pro-nucléaire, tandis que l’Irlande ou l’Autriche sont résolument contre. Et que d’autres, comme l’Allemagne ou la Belgique se livrent à une procession d’Echternach quant à l’abandon du nucléaire.

Les Verts européens, eux, n’en démordent pas : "Les événements à Fukushima ont souligné les mythes liés à la "sûreté nucléaire"; l’énergie nucléaire n’est tout simplement pas sûre" , ont insisté leurs coprésidents, Daniel Cohn-Bendit et Rebecca Harms dans un communiqué. Aussi, jugent les Verts, "la sortie du nucléaire doit être immédiatement planifiée et coordonnée au niveau européen" .