La Belgique unanime pour intervenir en Libye

Le gouvernement belge a proposé vendredi de participer à une intervention militaire en Libye, où la zone située au sud-ouest de Benghazi a été bombardée samedi matin. Mouammar Kadhafi viendrait tout juste adressé un message "urgent" aux présidents américain et français, Barack Obama et Nicolas Sarkozy, au Premier ministre britannique David Cameron et au secrétaire général de l'ONU Ban Ki-Moon.

Christophe Lamfalussy
La Belgique unanime pour intervenir en Libye
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Soutenu unanimement par le Parlement, le gouvernement belge a proposé vendredi de participer à une intervention militaire en Libye et de mettre quatre chasseurs bombardiers, un navire et des soldats à disposition de la coalition qui sera chargée d’appliquer la résolution 1973 du Conseil de sécurité des Nations unies.

Un certain flou régnait hier sur la forme que prendrait l’intervention internationale. La France, opposée à une implication de l’Otan pour des raisons d’image dans le monde arabe, semblait favoriser une coalition de pays volontaires, tandis qu’à Bruxelles, l’Otan poursuivait ses préparatifs.

De source belge, il n’est pas exclu que les pays qui ont promu la résolution à New York (France, Royaume-Uni, Etats-Unis) mènent des raids aériens offensifs si nécessaire, tandis que les petits pays participent à une force multinationale, dont le mandat serait plus limité. L’ensemble de l’opération serait toutefois placé sous le commandement de l’Otan, comme en Afghanistan, où coexistent deux missions différentes.

La résolution adoptée jeudi soir ne donne pas mandat à une organisation quelconque. Elle autorise les Etats membres de l’Onu "à prendre toutes les mesures nécessaires (...) pour protéger les civils et les zones peuplées par des civils sous la menace d’attaques" par les forces de Kadhafi.

Le Premier ministre britannique David Cameron a déclaré hier au Parlement que le Royaume-Uni allait envoyer "dans les heures qui viennent" des avions de combat Tornado et Eurofighter vers des bases proches de la Libye. Il a souligné qu’il s’agirait d’une "opération conjointe britannique, américaine et française avec un soutien de pays arabes". Paris évoquait aussi un survol de la Libye ce samedi.

Durant le week-end, les militaires à l’Otan vont mettre au point le concept d’opération (Conops) et le plan d’opération (Oplan) d’une éventuelle mission de l’Otan qui serait basée sur trois axes : une zone d’exclusion aérienne, le contrôle de l’embargo sur les armes, et l’aide humanitaire. Une décision devrait être prise "au début de la semaine prochaine", indique un diplomate à l’Otan, qui estime que ni l’Allemagne, ni la Turquie ne feront opposition.

Ankara est depuis le début hostile à une intervention militaire et a encouragé vendredi la Libye, "pays frère et ami", à adopter un cessez-le-feu, ce qui a été fait par Tripoli dans la journée. L’Allemagne, qui s’est abstenue lors du vote à New York, craint des victimes civiles comme en Irak et en Afghanistan. Elle refuse de se joindre à une intervention militaire.

En attendant, plusieurs pays ont fait part de leur disponibilité vendredi. Le Canada a aussitôt "activé" six CF-18 Hornet pour participer à une zone d’exclusion aérienne. Le Danemark et la Norvège ont promis des chasseurs bombardier, mais attendent l’aval de leur Parlement. L’Italie, contrairement à ce qu’elle avait annoncé la semaine dernière, offre ses bases aériennes, dont celle de Sigonella en Sicile. L’Espagne offre ses bases et des "moyens navals et aériens". Le Qatar participera "aux efforts internationaux", sans précision. D’autres viendront.


Ingouvernable, la Belgique ? "Il n’y a pas d’affaires courantes en ce moment mais la nation qui engage l’Etat." Le mot, un peu pompeux, est de Patrick Moriau (PS), mais c’est bel et bien à l’unanimité, majorité et opposition confondues, que les parlementaires présents ont voté vendredi après-midi une résolution qui est loin d’être anodine. Le texte en question engage la Belgique dans une éventuelle opération militaire pour mettre en œuvre la résolution 1973 du Conseil de sécurité de l’Onu, adoptée jeudi soir. Celle-ci prévoit la création d’une zone d’exclusion aérienne et autorise le recours à la force en Libye. Le vote en question avait lieu non en plénière mais dans les commissions affaires étrangères et défense réunies, convoquées pour l’occasion. Le Premier ministre Yves Leterme (CD&V) a souligné que les trois conditions mises par le gouvernement belge pour toute intervention militaire en Libye étaient remplies, à savoir une réelle nécessité d’intervenir pour venir au secours du peuple libyen, un mandat clair de l’ONU et un soutien dans la région, notamment de la part de pays arabes. A ces trois préalables s’ajoutait un quatrième en cette période d’affaires courantes : celui d’avoir l’appui explicite du Parlement, d’où cette séance. Plusieurs intervenants se sont félicités de ce moment démocratique. Pour Dirk Van der Maelen (SP.A), "pour ce qui est de l’implication du Parlement, on est déjà plus loin ici qu’en ce qui concerne les opérations en Afghanistan". En clair, la Belgique va faire quoi ? Mettre à disposition de la NRF (la Force de réaction rapide de l’Otan) un navire et plusieurs avions de chasse. Le navire, c’est le chasseur de mines M923 Narcis qui est déjà dans la zone d’opérations avec une trentaine d’hommes à bord. Le Narcis, qui participe pour l’instant à l’opération Active Endeavour (patrouilles anti-terroristes en Méditerranée), interviendrait dans le cadre de la mission de contrôle de l’embargo sur les armes à destination de la Libye. Les chasseurs, eux, seraient impliqués dans l’imposition de l’interdiction de survol du pays. Il s’agirait de tout ou partie des sept F-16 qui participent actuellement à des manœuvres d’entraînement dans le Péloponnèse (Grèce). Pieter De Crem a cité le chiffre de quatre. A en croire le ministre, ce volet de la mission n’aurait rien d’une partie de campagne. "Garantir une "no fly zone" implique d’abattre des appareils libyens ou de détruire des batteries anti-aériennes au sol", a-t-il souligné. Pour ce qui est d’éventuelles opérations terrestres, Steven Vanackere a rappelé que si la résolution de l’Onu excluait tout déploiement d’une armée d’occupation, cela n’interdisait nullement d’entreprendre des missions au sol. Mais ce type d’opérations ne rentre pas dans le mandat de la Belgique pour la NRF, a précisé son collègue de la Défense. Et puis, l’unanimité n’empêche pas certains parlementaires de se poser des questions. Notamment sur le fait de savoir quel sera le but de cette mission. Obtenir un armistice, créer les conditions pour un changement de régime ou carrément encadrer celui-ci ? Pour Steven Vanackere, c’est clairement un "njet" à cette dernière option. Et d’ailleurs, selon lui, le texte onusien est "fortement inspiré par la volonté d’éviter tout scénario à l’irakienne". En tout état de cause, les députés ont tout de même adopté un amendement au texte proposé par l’exécutif : maintenant que le pli est pris, ils entendent désormais être consultés avant toute décision majeure prise par le gouvernement dans le cadre de cette opération.


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