Groupe Spinelli: "L’Union s’est rendue ridicule"

Il faut se poser la question d’une motion de censure contre Mme Ashton." La patience de Daniel Cohn-Bendit à l’égard de la Haute représentante pour les affaires étrangères de l’Union a visiblement assez duré.

Groupe Spinelli: "L’Union s’est rendue ridicule"
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S.Vt.

Il faut se poser la question d’une motion de censure contre Mme Ashton." La patience de Daniel Cohn-Bendit à l’égard de la Haute représentante pour les affaires étrangères de l’Union a visiblement assez duré. Après lui avoir laissé le bénéfice du doute et le temps de s’installer pendant plus d’un an, a déclaré hier le coprésident des verts au Parlement européen, "il faut maintenant évaluer ce qu’elle a fait ou pas".

L’eurodéputé franco-allemand s’exprimait ainsi à l’issue du "Conseil européen fantôme" organisé à deux jours du "vrai" sommet des Vingt-sept par les membres du Groupe Spinelli. Ce réseau de personnalités chantres du fédéralisme, parmi lesquelles Guy Verhofstadt, Jacques Delors ou Joschka Fischer, a rédigé des conclusions destinées à faire valoir l’intérêt européen dans les dossiers chauds du moment, que sont les défis énergétiques après la catastrophe de Fukushima, la gouvernance économique et les révoltes arabes. En l’occurrence, le Groupe n’y va pas par quatre chemins : l’Union a "violé le traité" de Lisbonne. Son article 34 stipule que la Haute représentante organise la coordination de l’action des pays membres au sein des organisations internationales, avant d’indiquer que les Etats de l’Union participant au Conseil de sécurité de l’Onu doivent se concerter et tenir leurs partenaires, ainsi que Mme Ashton, "pleinement informés".

Cela a-t-il été fait, et bien fait, avant le vote de la résolution qui a ouvert la voie à l’intervention militaire en Libye ? "Il est bien évident que, dans une telle situation, tout le monde se consulte tout le temps", assure Michael Mann, le porte-parole de Lady Ashton. Aussi M. Cohn-Bendit attend-il de la Haute représentante qu’elle vienne détailler ses contacts devant le Parlement européen. Mais, si lacune il y a, "elle ne vient pas seulement de Mme Ashton", elle vient "aussi des Etats membres, de Nicolas Sarkozy, de Guido Westerwelle."

Et "le manque total de cohérence dans la politique étrangère de l’Union et ses membres a rendu (cette dernière) ridicule", assène encore le Groupe. Les différences de votes européens au Conseil de sécurité sont "hautement absurdes". Mais, pour Michael Mann, cette analyse se révèle erronée : "personne n’a voté contre la résolution" 1973, l’Allemagne ne s’étant qu’abstenue. "Sur cette question, il y a donc une unité en Europe."


Guy Verhofstadt et les inquiets Guy Verhofstadt en a marre des inquiétudes manifestées par l’Union européenne. Le président du groupe des libéraux et démocrates au Parlement européen veut des positions musclées et un soutien franc aux peuples arabes. C’est ce qu’il a déclaré à l’issue du "Conseil européen fantôme" du groupe Spinelli qu’il a fondé avec d’autres fédéralistes comme Daniel Cohn-Bendit au mois de septembre dernier. Dans les conclusions des ministres des Affaires étrangères, qui se sont réunis lundi à Bruxelles, "on lit que le Conseil est "concerned" sur Bahreïn. C’est tout ce qu’on peut produire : "concerned" !" exclame l’ancien Premier ministre belge. "On continue à ne pas soutenir les révolutions, ni à Bahreïn, ni au Yémen, ni en Syrie. Cela ne peut plus continuer comme ça, l’absence totale de l’Union, alors qu’il s’agit de révolutions "européennes", en ce sens qu’elles se battent pour des valeurs européennes" de liberté. Et cela vaut un peu plus que de se déclarer préoccupé, inquiet ou soucieux.