Contamination, scénarios du pire: état des lieux à Fukushima

La situation reste précaire à la centrale nucléaire de Fukushima. Quelle est l'ampleur de la contamination ? Pourquoi y a-t-il des poches d'eau très radioactives dans certains bâtiments ? La cuve des réacteurs 2 et 3 est-elle percée ? Quel est le scénario du pire ?

Contamination, scénarios du pire: état des lieux à Fukushima
© AFP
AFP

La situation reste précaire à la centrale nucléaire de Fukushima. Quelle est l'ampleur de la contamination ? Pourquoi y a-t-il des poches d'eau très radioactives dans certains bâtiments ? La cuve des réacteurs 2 et 3 est-elle percée ? Quel est le scénario du pire ?

Q: Quelle est l'ampleur de la contamination ? R: La présence d'eau contaminée dans certains bâtiments de la centrale complique encore la tâche des travailleurs qui tentent de maîtriser l'accident. Une analyse démontre "une très forte contamination, conduisant à un débit d’équivalent de dose de 1.000 millisieverts (mSv) par heure pour le réacteur 2 et 750 mSv par heure pour le réacteur 3", indique l'Autorité de sûreté nucléaire française (ASN).

"Ca veut dire qu'en un quart d'heure, quelqu'un qui viendrait se mettre à côté d'une eau comme ça prendrait la dose maximale autorisée par an" pour les personnes qui interviennent en urgence sur le site, soit 250 mSv, précise Thierry Charles, directeur de la sûreté à l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN).

Tepco, l'opérateur de la centrale, a reconnu lundi pour la première fois que de l'eau fortement radioactive s'était échappée des bâtiments des réacteurs, et qu'elle pourrait déjà avoir ruisselé jusqu'à l'océan Pacifique tout proche.

Des taux d'iode radioactif 1.000 à 2.000 fois supérieurs à la normale ont été relevés près du rivage aux environs de la centrale, mais les spécialistes estiment que la radioactivité ne représentent pas de risque important à long terme car elle se dilue rapidement dans la mer.

L'iode a une période ("vie radioactive") très courte: sa radioactivité diminue de moitié en 8 jours - et on considère qu'elle ne présente plus de danger au bout de trois mois environ. Avec une période beaucoup plus longue (30 ans), le césium 137 aurait en revanche tendance à se concentrer dans les sédiments marins.

Plus globalement, il s'agit d'une "contamination qui va s'étendre sur des zones considérables. Il n'est pas du tout étonnant qu'on trouve ici ou là des contaminations bien au delà d'un rayon de 100 km", estime le président de l'ASN, André-Claude Lacoste.

Pour la France et les autres pays européens en revanche, les retombées de l'accident devraient rester sans conséquence notable, même si la situation devait s'aggraver, estiment les autorités françaises.

Q: Pourquoi y a-t-il de l'eau très radioactive dans certains bâtiments ? R: Ces poches d'eau contaminée, jusqu'à "un mètre de haut par endroits", proviennent vraisemblablement des milliers de tonnes d'eau qui ont été déversées pour refroidir les réacteurs par des moyens de fortune (réseau incendie, canons à eau, hélicoptères, etc.) mais aussi de l'intérieur des réacteurs eux-mêmes, estime Thierry Charles.

La cuve et l'enceinte de confinement - ultime barrière entre les éléments radioactifs et l'environnement - des réacteurs 2 et 3 "ne seraient plus étanches".

Cela signifie "qu'il y a à la fois des fuites gazeuses - de la vapeur d'eau qui s'échappe entraînant des matières radioactives - et puis certainement de l'eau qui s'écoule, peut-être par des caniveaux ou alors par des tuyauteries", explique M. Charles.

Q: Ces fuites radioactives prouvent-elles qu'il y a eu fusion du coeur?

R: "Le coeur est très dégradé et on pense aussi qu'il y a des fusions partielles", résume Thierry Charles. Aucun instrument de mesure dans le réacteur n'étant opérationnel depuis le début de l'accident, on ignore cependant avec précision l'ampleur des dégâts.

"Mais il est certain que dans les cuves, on doit avoir des morceaux qui ont dû fondre" pour former un "corium", magma formé de pastilles de combustible, de gaines qui les entourent et d'autres éléments de la structure.

Q: La fuite de ce corium hors de l'enceinte, scénario du pire?

R: Si le corium perce la cuve, il va tomber sur le béton au fond de l'enceinte de confinement. Que se passe-t-il alors ? "Le corium attaque le béton. Il commence à le percer et en même temps il produit des gaz potentiellement inflammables ou explosifs", explique M. Charles. Si on parvient à refroidir ce corium avec de l'eau, il est toutefois "peu probable" qu'il transperce les huit mètres d'épaisseur du béton. Il devrait finir par se refroidir un peu dans sa descente "et se bloquer quelque part". Dans l'hypothèse extrême où le corium serait en quantité suffisante pour percer la cuve puis le béton de l'enceinte, il arriverait très refroidi dans la roche située sous la centrale, où il finirait par se solidifier lentement, juge l'expert de l'IRSN.

Une fois le corium solidifié, l'eau qui pourrait ruisseler dessus entraînerait avec elle "un peu de radioactivité", une contamination progressive dans l'océan qui n'aurait rien de comparable avec le brutal rejet dans l'atmosphère provoqué par l'explosion du réacteur de Tchernobyl en 1986.

"Tchernobyl, c'était un coeur à l'air qui a brûlé pendant douze jours, Ca maximise les rejets" alors qu'à Fukushima, la radioactivité issue du corium aboutirait essentiellement dans l'eau de mer qui imbibe le sol, selon M. Charles.