Les cantonales ont désintéressé les Français jusqu’au bout

Jusqu’au bout, les Français ont boudé les élections cantonales. Malgré le fait qu’il s’agissait du dernier scrutin (direct) avant les élections présidentielles de 2012.

Les cantonales ont désintéressé les Français jusqu’au bout
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Bernard Delattre

Correspondant permanent à Paris

Jusqu’au bout, les Français ont boudé les élections cantonales. Malgré le fait qu’il s’agissait du dernier scrutin (direct) avant les élections présidentielles de 2012.

Dimanche dernier déjà, le premier tour avait été marqué par un taux d’abstention d’une ampleur jamais vue pour ce type de scrutin : 55,7 %. Mais l’entre-deux-tours de ces cantonales 2011 avait été marqué par les déchirements, très médiatisés, au sein de la droite, à propos de la consigne de vote à donner aux électeurs UMP des 266 cantons - sur les 1566 encore à pourvoir après le premier tour - où le second tour opposait le PS et le FN en duel. La controverse allait-elle ramener des électeurs dans l’isoloir ?

Non. Dimanche en milieu de soirée, le taux d’abstention estimé pour ce second tour oscillait autour de 56 %. Rien d’étonnant. Dès avant la clôture, vendredi soir, de la campagne électorale, les sondages avaient indiqué que 64 % des abstentionnistes du premier tour persisteraient dans leur refus de voter au second. Et avaient montré que ne voteraient pas 68 % des électeurs UMP du premier tour qui, au second tour, étaient confrontés à un duel PS-FN.

Outre l’ampleur de l’abstention, la second enjeu du scrutin de dimanche était le score du Front national (FN).

Dimanche dernier, le parti lepéniste avait obtenu 19,2 % des suffrages dans les 1140 cantons où il se présentait. Soit une moyenne nationale de 15 %. N’ayant pas de conseillers généraux avant le scrutin, il espérait décrocher entre dix et cinquante élus à son issue. Singulièrement, les frontistes comptaient sur la quinzaine de pour cents d’électeurs de l’UMP qui auraient souhaité une consigne de vote de leur parti en faveur du FN, ou avaient annoncé d’emblée qu’ils voteraient FN. Toutefois, au désavantage des lepénistes, jouait une autre indication des sondages : celle selon laquelle 28 % des électeurs du FN du premier tour ne réitéreraient pas ce vote au second tour.

Le FN, qui avait réussi à se maintenir au second tour dans un canton sur quatre - du jamais vu -, avait ses espoirs dans les Bouches du Rhône (où il avait obtenu 26,8 %) et singulièrement à Marseille (30,4 %), où il était parvenu à se qualifier pour le second tour dans tous les cantons. Les lepénistes misaient aussi sur le Var (27,5 %, avec une pointe de 37 % à Fréjus) et sur les Alpes maritimes (25,4 %). Finalement, les leaders FN dans le Nord-Pas de Calais et à Perpignan ont été battus. Mais ce parti retrouve une représentation départementale, comme dans les années 90. En effet, il l’a emporté à Carpentras (Vaucluse) ou dans un canton du Var.

En ce qui concerne les présidences de départements, la gauche en détenait 58 avant le scrutin, contre 44 à la droite. Dimanche, elle a ravi à l’UMP, en plus, les Pyrénées atlantiques (le fief de l’ex-ministre Alliot-Marie), le Jura, voire la Loire, et deux départements d’outre-mer (La Réunion et Mayotte).

La droite a échoué à faire basculer à son profit à la fois la Corrèze et les deux départements de la banlieue parisienne qu’elle visait (Seine et Marne et Val d’Oise). Mais elle a réussi à éviter le basculement à gauche de la Charente maritime (département de l’ex-ministre Bussereau). Et, surtout, de la Sarthe, si symbolique : c’est le bastion du Premier ministre François Fillon.


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