En Belgique aussi, un danger réel existe

Est-ce possible en Belgique ? Oui. La démonstration en a été (re)faite à Anvers en mai 2006. L’appelé Hans Van Themsche, au profil a priori assez proche du tueur norvégien, décida d’abattre tous les allochtones qu’il croiserait sur son chemin.

Paul Piret
En Belgique aussi, un danger réel existe
©Reporters

Est-ce possible en Belgique ? Oui. La démonstration en a été (re)faite à Anvers en mai 2006. L’appelé Hans Van Themsche, au profil a priori assez proche du tueur norvégien, décida d’abattre tous les allochtones qu’il croiserait sur son chemin. L’extrémiste de droite blessa d’abord grièvement une jeune femme voilée, tua ensuite une nounou qui n’avait d’autre tort que d’être noire ainsi que la fillette qu’elle promenait dans les bras. Ce bilan est certes sans mesure avec l’hécatombe de vendredi, mais jusqu’où le jeune homme aurait-il assouvi sa quête si ses pas n’avaient croisé ceux d’un policier ?

En fait, les violences inspirées par des idéologies dévoyées ne sont pas rares, même si elles ne laissent des traces que quand elles connaissent une issue fatale. Ainsi en décembre 1980, dans un café de Laeken, un militant du Front de la jeunesse abattait pour cette seule raison un Français d’origine maghrébine.

Belgique oblige, n’oublions pas les dangers liés à des identités linguistiques exacerbées. S’ils ne furent mortels qu’exceptionnellement (le militant FDF Jacques Georgin fut abattu en septembre 1970 par des sbires du VMO), la violence extrémiste s’exprime plus régulièrement que ce que veut bien consentir la conscience collective. Des expéditions à répétition dans les Fourons, les années 70-80, à l’agression, le 26 juin dernier, de la bourgmestre de Rhode-Saint-Genèse par des excités du Tak…

Du reste, le 15 février, devant l’Académie royale militaire, le patron de la Sûreté belge évoqua “un nombre relatif” de militants d’extrême droite, mais dont certains sont prêts à agir. “La fascination pour la violence et le militarisme constitue un danger réel” , poursuivait l’administrateur général Alain Winants.

On pourrait pourtant croire que l’extrême droite, chez nous comme dans les pays voisins, a viré sa cuti terroriste, organisée, structurée, qui alla jusqu’à provoquer des Etats pour forcer au changement de régime. Le spécialiste Manuel Abramowicz préfère parler de changement de génération : “Il est évident que nous vivons en Europe l’émergence de partis nationalistes, populistes, d’ultra droite, d’extrême droite, qui n’ont plus de lien structurel ou humain avec l’histoire du fascisme ou du nazisme. Ainsi, les jeunes cadres du Vlaams Belang, pour la plupart, ne sont plus issus d’associations très radicales comme le furent leurs aînés De Winter ou Van Hecke.” Pourtant, ajoute le coordinateur du site resistances.be, le terrorisme identitaire et ses germes criminogènes restent d’actualité : “En marge des partis ou mouvements qui ne prônent plus officiellement la violence, on trouve des individus isolés ou coalisés en fractions qui, eux, sont radicaux. Des jeunes singulièrement. Les personnalit és publiques font tout pour ne pas tomber sous le coup de diverses législations : elles surfent sur la vague, sans plonger dedans. Mais leurs discours qui notamment ciblent radicalement l’islamisme, en généralisant ou en poussant à la généralisation, font mouche. Un Van Themsche entend ça. Et d’autres qui réfléchissent de manière primale et simpliste, éventuellement un verre dans le nez. Ils peuvent passer à l’acte. Tous ceux qui sont passés à l’acte “à l’aveugle” sont des militants d’extrême droite.”

Se prémunir de leurs exactions est d’autant plus difficile sinon impossible. Un attentat, calculent les spécialistes, ce sont 95 % de préparation. Quand la préparation est longue et le fait d’un groupe, on finit souvent par en entendre parler. C’est moins vrai pour un individu qui, de plus, peut désormais fabriquer n’importe quoi grâce à Internet.

En tout cas, l’Ocam (l’Organe de coordination pour l’analyse de la menace) n’a pas jugé nécessaire, ce week-end, d’inciter à prendre des mesures de sécurité supplémentaire en Belgique. “C’est une situation interne à la Norvège, il n’y a pas d’impact en Belgique” , explique Benoît Ramacker, porte-parole du Centre de crise du SPF Intérieur. Le degré de vigilance générale reste donc à 2 sur une échelle de 4. Mais c’est là une considération très ponctuelle, toujours susceptible d’évoluer au gré des événements…

© La Libre Belgique 2011