"Il est l’heure de désinfecter Gaza"

Il nous faut une nouvelle opération militaire dans la bande de Gaza, et vite". Vendredi, malgré les sirènes appelant les civils à se précipiter aux abris, Omer Benshitrit a ouvert son atelier de réparation de téléphones portables situé à l’entrée d’Ashdod.

"Il est l’heure de désinfecter Gaza"
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Serge Dumont - Envoyé spécial à Ashdod (Israël)

Il nous faut une nouvelle opération militaire dans la bande de Gaza, et vite". Vendredi, malgré les sirènes appelant les civils à se précipiter aux abris, Omer Benshitrit a ouvert son atelier de réparation de téléphones portables situé à l’entrée d’Ashdod (à 20 kilomètres au sud de Tel-Aviv). Mais il a vainement attendu les clients, car les organisations palestiniennes ont repris leurs tirs de roquettes soviétiques Grad sur les grandes villes de l’Etat hébreu.

Ashkelon, Beer-Sheva et Gedera ont été visées mais Ashdod a été la plus touchée. "Nous n’avons pas d’autre alternative, l’heure a enfin sonné de désinfecter Gaza", a poursuivi l’électronicien. Pendant qu’il parlait, deux roquettes Grad se sont abattues sur la synagogue d’une yeshiva (école talmudique) au moment où les étudiants se préparaient à l’office du matin. Dix de ces ultra-orthodoxes ont été blessés dont deux sont dans un état grave.

Au même moment, l’aviation israélienne, qui avait déjà mené une douzaine de raids sur la bande de Gaza dans le courant de la nuit de jeudi à vendredi, a bombardé un immeuble de Zeitoun, l’un des quartiers les plus peuplés de Gaza City, où des lanceurs de roquettes se seraient regroupés, selon elle. Dans la foulée, le camp de réfugiés d’Al Nusseirat ainsi que des bases des Brigades des martyrs d’Al-Aqsa (la branche armée du Hamas) ont également été frappés. Plusieurs incendies géants ont éclaté et l’électricité a été coupée dans la plus grande partie de la bande de Gaza. Bilan de ces bombardements ? Au moins sept Palestiniens tués, dont un adolescent et une cinquantaine de blessés.

"Israël perpétue des crimes de guerre, il punit collectivement la population de Gaza", a déclaré Nabil Chaat, la seule personnalité du Fatah et de l’Autorité palestinienne à accepter de s’exprimer. "La folie de ce pays ne nous empêchera pas de demander à l’Onu de ­reconnaître notre droit à ­l’indépendance en septembre". A tort ou à raison, l’état-major de Tsahal (l’armée de l’Etat hébreu) et le Shabak (la Sûreté générale de ce pays) attribuent le double attentat de jeudi aux Comités de résistance populaire (CRP), dissidents islamistes du Hamas dont les six principaux dirigeants ont aussitôt été "liquidés" sur ordre de Benjamin Netanyahu et de son ministre de la Défense, Ehud Barak. Mais les CRP n’ont pas ­disparu pour autant. Et leurs alliés sont toujours actifs.

C’est le cas de l’Armée de l’islam, une milice de plusieurs milliers d’hommes, dirigée par Mountaz Darmoush, dont un membre a été surpris par les soldats égyptiens aux abords de la frontière israélienne. Le kamikaze, qui appartenait sans doute au commando ayant opéré jeudi dans l’Etat hébreu, a alors actionné sa ceinture explosive et trois Egyptiens ont été tués. Un coup dur pour l’armée du Caire dont cinq soldats avaient également perdu la vie jeudi au cours d’échanges de tirs triangulaires avec les Palestiniens infiltrés dans l’Etat hébreu et les unités spéciales israéliennes qui les poursuivaient.

"A nos yeux, il n’y a pas de différence fondamentale entre le Hamas, les CRP et l’Armée de l’islam, puisque ce sont tous des (organisations) terroristes dévolues à la disparition d’Israël, a déclaré le ministre sans portefeuille Yossi Peled (Likoud, NdlR) . Face à eux, nous ne ferons preuve d’aucune faiblesse." Quant à la leader de l’opposition, Tzipi Livni (Kadima), elle a estimé que "le Hamas n’est pas un partenaire pour la paix" et qu’il faut donc "continuer à le combattre".

Ex-général de Tsahal, l’analyste militaire Tzvi Fogel ne s’attend cependant pas à ce que le regain de tension de ces dernières heures débouche sur une nouvelle aventure militaire israélienne dans la bande de Gaza.

"Ces violences vont durer quelques jours mais pas plus", pense-t-il . "Juste le temps pour Israël de faire comprendre aux Palestiniens qu’ils n’ont pas intérêt à recommencer." Et de poursuivre : "Pour l’heure, la situation n’est pas mûre pour une opération semblable à celle de 2009 mais, si les infiltrations de terroristes venant de Gaza devaient se poursuivre, il en irait différemment. Notre gouvernement n’hésiterait pas."

En raison de la situation sécuritaire, toutes les grandes villes du sud d’Israël ont annulé les festivals d’été, les spectacles publics, ainsi que les compétitions sportives. Les Indignés qui manifestent depuis mi-juillet pour une meilleure justice sociale ont également annulé un défilé prévu à Jérusalem. En outre, devant l’impossibilité de les protéger des roquettes, leurs camps de tentes installés dans le sud de l’Etat hébreu ont été démantelés. "Provisoirement", assurent-ils.

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