Médiation et crise diplomatique

Les analystes ici sont unanimes : en lançant jeudi dernier une attaque anti-israélienne à partir du Sinaï égyptien, les terroristes, qui selon Tsahal étaient des extrémistes palestiniens de Gaza, voulaient non seulement tuer des Israéliens, mais aussi déstabiliser les relations d’Israël avec l’Egypte.

Médiation et crise diplomatique
©epa
Renée-Anne Gutter (Correspondante à Jerusalem )

Les analystes ici sont unanimes : en lançant jeudi dernier une attaque anti-israélienne à partir du Sinaï égyptien, les terroristes, qui selon Tsahal étaient des extrémistes palestiniens de Gaza, voulaient non seulement tuer des Israéliens, mais aussi déstabiliser les relations d’Israël avec l’Egypte, le plus ancien allié de l’Etat juif dans le monde arabe. Mission accomplie.

Pour la première fois, en effet, Israël voit ses relations avec l’Egypte post-Moubarak mises à l’épreuve. Une Egypte nouvelle qui ne veut plus se montrer "complaisante" à l’égard d’Israël comme l’était le régime Moubarak, mais qui tient en même temps à garder un rôle déterminant dans la région.

D’une part, le gouvernement au Caire n’a pas hésité à créer un incident diplomatique avec Israël pour protester contre la mort de membres des forces de sécurité égyptiennes (quatre, selon le dernier chiffre égyptien), tués jeudi à la frontière israélienne lors d’échanges de tirs entre Tsahal et les infiltrés palestiniens. Et aussi pour protester contre les critiques d’Israël, humiliantes aux yeux du Caire, qui accusent la nouvelle Egypte de laxisme sécuritaire au Sinaï.

Mais, d’autre part, Le Caire a ouvert une médiation politico-militaire entre Israël et le Hamas, pour freiner l’escalade entre Gaza et le Sud d’Israël.

La crise diplomatique n’était toujours pas résorbée dimanche. Alarmés par l’annonce que l’Egypte envisageait de rappeler son ambassadeur à Tel-Aviv, le gouvernement Netanyahou et Tsahal ont tenu des consultations intensives. Résultat : samedi en fin de journée, dans un communiqué officiel du ministre de la Défense, Ehoud Barak, Israël a exprimé ses "regrets" pour la mort des Egyptiens à la frontière israélienne. Mais sans en endosser la responsabilité et sans s’en excuser de façon explicite. M. Barak a néanmoins ordonné à Tsahal de mener une enquête conjointe avec l’armée égyptienne.

M. Barak ne s’est pas explicitement excusé non plus pour avoir déclaré jeudi que l’attaque palestinienne en provenance du Sinaï "reflétait l’affaiblissement du contrôle égyptien" sur la péninsule. Dans son communiqué, samedi, il a toutefois veillé à souligner "la grande valeur stratégique du traité de paix israélo-égyptien pour la stabilité au Moyen-Orient", et "l’appréciation" d’Israël pour "la pondération et la responsabilité" dont font preuve les responsables égyptiens.

Mais les nouveaux maîtres du Caire demeurent à l’écoute de la rue égyptienne, qui a violemment manifesté ce week-end contre Israël. Le gouvernement égyptien a donc déclaré les regrets israéliens "insuffisants", "pas à la hauteur de la colère égyptienne". Dans l’immédiat, cependant, son ambassadeur est resté à Tel-Aviv.

Tout cela n’a pas empêché le Caire d’œuvrer pour un cessez-le-feu entre Israël et le Hamas, amenant ce dernier à accepter une accalmie à partir de dimanche soir 21 heures. Les tirs palestiniens se sont toutefois poursuivis dans la soirée et la tension subsiste.

Depuis l’attaque palestinienne jeudi près d’Elath qui a fait huit morts israéliens, les hostilités sont allées croissant, le gouvernement Netanyahou et la direction politique du Hamas disant tous deux vouloir éviter une guerre totale mais voulant chacun avoir le dernier mot sur le terrain.

L’aviation israélienne n’a donc pas cessé de pilonner des cibles d’activistes à Gaza et les factions extrémistes de Gaza n’ont pas cessé de pilonner les villes du Sud d’Israël. Dimanche, on en était au moins à dix-huit morts palestiniens et un mort israélien, ainsi qu’à des dizaines de blessés et d’importants dégâts matériels de part et d’autre. Avec la vie quotidienne paralysée pour un million et demi de Gazaouis et un million d’Israéliens dans le Sud du pays.

Sur le même sujet