Nafissatou Diallo sera-t-elle expulsée ?

Une femme en pleurs, bouleversée, raconte en détail avoir été violée dans son pays natal, la Guinée. Elle montre ses cicatrices, mime la scène où sa fillette de 2 ans lui a été arrachée des bras et jetée à terre, décrit ses assaillants.

Nafissatou Diallo sera-t-elle expulsée ?
©AP
Stéphanie Fontenoy

Correspondante à New York

Une femme en pleurs, bouleversée, raconte en détail avoir été violée dans son pays natal, la Guinée. Elle montre ses cicatrices, mime la scène où sa fillette de 2 ans lui a été arrachée des bras et jetée à terre, décrit ses assaillants. Le souvenir est tellement douloureux qu’elle s’affale sur la table et plonge son visage entre ses bras. Cette femme est Nafissatou Diallo, la femme de chambre par qui le scandale Strauss-Kahn est arrivé. À deux reprises, après avoir porté plainte pour agression sexuelle contre celui qui était alors directeur du Fonds monétaire international et favori aux élections françaises, la Guinéenne de 32 ans a décrit sous tous les angles et sous serment la terrible attaque. Un récit tellement émouvant que ceux qui l’entendaient en avaient les larmes aux yeux. Or, c’était un mensonge.

Le viol en Guinée n’a jamais existé. Les 8 et 9 juin, la plaignante a elle-même avoué que les circonstances de cette agression ont été entièrement inventées par elle pour appuyer sa demande d’asile aux Etats-Unis. Une version dont elle ne se servira finalement pas dans sa demande écrite.

Plus tard au cours de l’enquête, l’immigrée guinéenne dira encore qu’elle a bien subi un viol mais dans un contexte tout à fait différent, sans que le bureau du procureur puisse vérifier ce fait.

Cette tendance à fabriquer des histoires convaincantes mais fausses a été fatale à l’accusatrice dans l’affaire DSK. Le bureau du procureur de New York a invoqué, mardi dernier, une série de fausses déclarations dans le chef de la victime présumée pour abandonner les poursuites contre l’ancien ministre français. "Notre investigation a montré que la plaignante avait déjà fait dans le passé de nombreuses fausses déclarations, dont certaines inscrites dans les fi chiers du gouvernement et faites sous serment ou sous peine de parjure", note la lettre de demande de non-lieu adressée au juge.

L’enquête a également révélé que Mme Diallo avait menti sur sa déclaration d’impôts, y incluant un second enfant fictif à charge pour obtenir un logement subventionné. Elle a aussi menti au sujet des dépôts sur son compte en banque.

Si elle est reconnue coupable d’avoir menti devant un grand jury et pour obtenir l’asile, Nafissatou Diallo pourrait être expulsée des Etats-Unis. À ce stade le bureau du procureur n’a pas déclaré son intention de la poursuivre pour parjure. Selon l’avocat américain Bruce Barket, cité par la chaîne CNN, la jeune femme fait désormais face à "un sérieux problème" et pourrait se retrouver à nouveau devant la justice, mais cette fois sur le banc des accusés. Elle risque l’expulsion. Tout dépend, selon l’avocat, des autorités : préféreront-elles laisser mourir l’affaire ou risquer de mettre de l’huile sur le feu ?

Contactés par le "New York Times", les responsables du bureau de l’immigration n’ont pas voulu confirmer si une enquête était ouverte contre la femme de chambre. Par contre, ont-ils souligné, l’agence "a la responsabilité d’enquêter sur de possibles fraudes".

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