"Qu’avons-nous appris du 11.09 ?"

Ancien pompier, Lee Ielpi a le triste privilège d’avoir été aux premières loges de la tragédie du 11 septembre 2001. Le jour où les tours jumelles s’effondrent, alors qu’il est à la retraite depuis 1996, ce fier Américain commence à fouiller les décombres fumants avec les secouristes.

"Qu’avons-nous appris du 11.09 ?"
©AP
Stéphanie Fontenoy

Correspondante à New York

Ancien pompier, Lee Ielpi a le triste privilège d’avoir été aux premières loges de la tragédie du 11 septembre 2001. Le jour où les tours jumelles s’effondrent, alors qu’il est à la retraite depuis 1996, ce fier Américain commence à fouiller les décombres fumants avec les secouristes.

Pendant des mois, il poursuit sa mission : retrouver le corps de son fils Jonathan, un pompier mort dans l’effondrement du World Trade Center.

De cette quête paternelle, Lee Ielpi sortira atteint de plusieurs maladies liées au 11 septembre, dont un rare cancer du sang. Sa nouvelle vie est façonnée par les attaques terroristes. A 62 ans, ce père de famille fonde le WTC Tribute Center, le très beau centre d’information sur le 11 septembre adjacent à Ground zero. Lee Ielpi est considéré comme un des héros du 11 septembre, symbole de courage et de résilience.

Alors que s’approchent les commémorations du dixième anniversaire des attaques terroristes, son ton n’a rien de triomphant et son constat est sombre. "Dix ans, c’est une période relativement longue. Qu’avons-nous fait, qu’avons-nous appris depuis le 11 septembre ? Nous avons tué Ben Laden, très bien, mais nous avons perdu 6 000 jeunes Américains au combat, sans compter toutes les autres victimes, et nous sommes toujours en guerre."

Il se tourne vers les travaux de reconstruction du World Trade Center, sur lesquels il a une vue plongeante depuis son bureau. "Nous avons fait des progrès en mettant en place un mémorial et un musée. Nous reconstruisons des gratte-ciel, super, mais regardez de quelle façon l’on reconstruit celui-là, l’ex-Freedom Tower. C’est un bunker !" , dit-il en montrant le sarcophage de béton haut de dix étages qui sert de base au One World Trade Center, l’immense tour bleue qui domine déjà le paysage de Manhattan.

Les Etats-Unis, un pays qui vit toujours dans le traumatisme du 11 septembre ? Le Patriot Act, la loi d’exception votée dans l’émotion cinq semaines après les attaques terroristes, a été prolongé depuis. Une première fois par George W. Bush en 2006 et une seconde, en 2011, par Barack Obama, qui l’avait déjà signée en tant que sénateur. Ce texte, baptisé "Loi pour unir et renforcer l’Amérique en fournissant les outils appropriés pour déceler et contrer le terrorisme" , offre des pouvoirs extraordinaires aux agences fédérales au nom de la lutte contre le terrorisme. Depuis, le nombre des agences chargées du renseignement et le budget de la sécurité ont cru de manière exponentielle aux Etats-Unis.

Le Patriot Act met en place toutes une série de nouvelles mesures antiterroristes dont notamment les écoutes domestiques, l’accès à toutes sortes de données privées sans mandat, le renforcement de la sécurité aux frontières et dans les aéroports, la détention illimitée et sans inculpation des prisonniers de Guantanamo.

"Dans le passé, le droit américain disait que si le gouvernement voulait savoir ce que vous écriviez et ce que vous lisiez, il devait obtenir un mandat pour perquisitionner votre domicile. Maintenant, peut obtenir un relevé de vos achats sur Amazon, vos messages sur Facebook et votre historique Internet, sans même que vous le sachiez" , explique Daniel J. Solove, professeur de droit à l’Université George Washington.

"C’est un autre monde , reconnaît Karen Eckert, frappée par une double tragédie. Cette New-Yorkaise a d’abord perdu son beau-frère Sean Rooney le 11 septembre, puis sa sœur Berverly, la femme de Sean, dans un accident aérien en 2009. Prendre l’avion, obtenir un permis de conduire, nos activités bancaires, passer les frontières, tout est différent. Cela touche de nombreux aspects de notre vie. Nous en sommes conscients mais personne ne veut être attaqué une nouvelle fois."

En sacrifiant leur vie privée et une partie de leurs libertés individuelles, les Américains ont-ils gagné en sécurité ? Ce n’est pas sûr. "Nous nous portons mieux que par le passé, mais il reste des lacunes flagrantes" , affirme Tom Kean, un des membres de la Commission nationale du 11 septembre qui avait examiné les circonstances des attentats. Cette commission vient de rendre un rapport d’étape qui localise plusieurs zones de vulnérabilité pour les Etats-Unis, dont le recrutement de terroristes sur son territoire et la menace d’une cyberattaque.


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