Génération 11 Septembre

La foule est venue, sous un soleil radieux, bravant la menace d’une attaque terroriste. Quand la cérémonie de commémoration du 11 septembre 2001 a débuté à Ground Zero, dans le sud de Manhattan, plusieurs milliers de personnes formaient une marée humaine.

Stéphanie Fontenoy
Génération 11 Septembre
©AP

Reportage Correspondante à New-York

La foule est venue, sous un soleil radieux, bravant la menace d’une attaque terroriste. Quand la cérémonie de commémoration du 11 septembre 2001 a débuté à Ground Zero, dans le sud de Manhattan, plusieurs milliers de personnes formaient une marée humaine. L’immense drapeau américain accroché à la façade du One World Trade Center en travaux flottait magistralement au-dessus d’elle dans le ciel bleu. Au moment où la chorale a entamé l’hymne national, le Star Spangled Banner, chacun s’est tu et a porté sa main au cœur.

Sur le podium, Barack Obama et son prédécesseur George W. Bush, accompagnés de leurs épouses Michelle et Laura se sont recueillis côte à côte. Une première pour les deux présidents qui ont foulé ensemble hier le nouveau mémorial en l’honneur des victimes. En mai dernier, George W. Bush avait décliné l’offre du locataire de la Maison-Blanche de se joindre à lui à New York suite au raid réussi sur le campement du chef d’al Qaeda. Leur intervention au micro s’est voulue très courte et apolitique. M. Obama a lu le psaume 46 "Dieu est notre refuge et notre force". L’ancien président Bush a cité la lettre à Lydia Bixby, une missive d’Abraham Lincoln à cette veuve dont les cinq fils ont été cru morts lors de la guerre d’Indépendance.

De légers applaudissements ont salué l’arrivée de George W. Bush à la tribune. Barack Obama n’a pas eu cet honneur mais a reçu les félicitations de l’assistance pour avoir éliminé Oussama Ben Laden. Ainsi, Tania Garcia portait devant elle une grande photo de sa sœur Marylin, disparue le 11 septembre 2001. "Je remercie Obama d’avoir rendu justice à l’Amérique, aux victimes et à Ground Zero", a dit la jeune femme qui avait 17 ans au moment des attaques. Elle n’était pas revenue sur les lieux des attentats depuis quatre ans.

"Les souvenirs sont tellement forts. Après dix ans, c’est toujours aussi difficile. Il est réconfortant malgré tout d’être ici avec tous ces gens qui ressentent la même chose que moi", explique cette résidente de Brooklyn venue avec ses parents. "Tout cela est tellement irréel. Parfois j’ai l’impression que ma sœur va pousser la porte de la maison. Nous n’avons rien retrouvé d’elle. Le mémorial va peut-être nous aider à nous sentir mieux".

Le rassemblement des familles, de tous les âges et de toutes les origines, s’étirait sur plusieurs centaines de mètres. A part les plus jeunes qui jouaient avec les petits drapeaux, les mines étaient sombres et recueillies, concentrées sur la lecture des noms de 2 983 victimes. Parmi ces proches, beaucoup d’adolescents et d’enfants. Toute une génération qui a grandi dans le souvenir des attentats sur les Etats-Unis. "Bien que nous ne pouvions effacer ce qui s’est passé ici", a dit le maire de New York Michaël Bloomberg, "nous pouvons aussi voir les enfants qui ont perdu leurs parents et qui sont devenus de jeunes adultes, les petits enfants nés depuis et tout ce qui a germé en l’honneur de ceux que nous aimions et que nous avons perdus".

Peter Negron avait douze ans quand son père est mort dans la tour nord du WTC. L’année suivante, le petit garçon avait ému la nation en récitant un poème pour le premier anniversaire des attaques terroristes. A 22 ans, il a expliqué la difficulté de grandir dans l’absence. "J’aurais aimé que mon père m’apprenne à conduire, comment inviter une fille à sortir et des centaines d’autres choses. J’espère que mon père peut être fier de ce que mon frère et moi sommes devenus". Marqué au plus profond de lui, il explique que le 11 septembre 2001 l’a motivé à devenir criminologue.


Chattez avec Fabrice Melchior, envoyé spécial à NY, ce lundi dès 13h