12 septembre: lendemain de la veille

En Amérique, le lundi 12 septembre, c’était le paisible retour à la normale. Barack Obama a retrouvé la Maison-Blanche. Et, pas très loin de là, dans un pénitencier de Jackson, en Géorgie, on se prépare tranquillement à exécuter Troy Davis, devenu bien malgré lui le symbole de la peine de mort aux Etats-Unis.

Philippe Paquet
12 septembre: lendemain de la veille
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En Amérique, le lundi 12 septembre, lendemain du 11, c’était le paisible retour à la normale. Barack Obama a retrouvé la Maison-Blanche, son bureau Ovale et une litanie de problèmes insolubles. Les candidats républicains qui aspirent à prendre sa place pour pouvoir probablement faire beaucoup moins bien devaient à nouveau en découdre, le soir, sur un plateau de télévision en Floride. Et, pas très loin de là, dans un pénitencier de Jackson, en Géorgie, on se prépare tranquillement à exécuter, le 21 septembre, Troy Davis, devenu bien malgré lui le symbole de la peine de mort aux Etats-Unis et, surtout, le symbole de ce qu’elle a de plus révoltant.

Davis, en effet, a toujours clamé son innocence, et le doute sur sa culpabilité est tel que son exécution a été plusieurs fois reportée, au gré de sursis accordés in extremis. Condamné en 1991, cet homme de 42 ans a passé vingt années dans le couloir de la mort. Des personnalités aussi diverses que Jimmy Carter ou Desmond Tutu ont réclamé sa libération.

Pour les personnes qui ont étudié le dossier, le cas Davis est typique d’une justice approximative et partiale (dont l’affaire DSK, dans un autre registre, a montré qu’elle n’était pas l’apanage des tribunaux dans les bleds du Midwest - que serait-il finalement advenu de l’ancien directeur du FMI s’il n’avait pas été blanc, riche et célèbre, après une enquête manifestement aussi mal conduite ?). Sur le parking d’un Burger King à Savannah, dans la nuit du 19 août 1989, un jeune policier blanc est retrouvé mort. Neuf témoins accuseront Davis. Il sera condamné à mort.

Aucune preuve matérielle n’a été apportée - l’arme du crime n’a même jamais été retrouvée. Tout reposa sur les témoignages et seulement sur ceux-ci. Or, sept des neuf témoins se sont depuis rétractés; certains ont assuré avoir agi sous la contrainte, l’un d’eux était analphabète et a signé une déposition qu’il ne pouvait pas lire.

Depuis dix ans, le 11 septembre, au fil de cérémonies d’hommage émouvantes, l’Amérique a déploré la mort d’innocents et s’est jurée que justice serait faite. Justice, innocence Deux mots qui résonnent étrangement à Jackson, en Géorgie. Personne n’y est mort le 11 septembre. Quelqu’un y mourra peut-être le 21 septembre.