Réintégrer ou pas les intégristes

Jean-Marie Guénois, le "vaticaniste" du "Figaro" parle d’"une réunion historique" et d’ "un tournant capital" à propos de la rencontre ce mercredi matin au Vatican entre le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, le cardinal William Levada et le supérieur de la Fraternité Saint-Pie-X, Mgr Bernard Fellay, en l’occurrence le "numero uno" des intégristes catholiques.

Christian Laporte
Réintégrer ou pas les intégristes
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Éclairage

Jean-Marie Guénois, le "vaticaniste" du "Figaro" parle d’" une réunion historique" et d’ "un tournant capital" à propos de la rencontre ce mercredi matin au Vatican entre le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, le cardinal William Levada et le supérieur de la Fraternité Saint-Pie-X, Mgr Bernard Fellay, en l’occurrence le "numero uno" des intégristes catholiques.

Voire. Car l’objet de cette nouvelle rencontre entre un des plus proches collaborateurs du Pape et le leader des "lefebvristes" est, ni plus ni moins, de tenter de trouver un compromis qui puisse permettre aux "moutons noirs" schismatiques de réintégrer le bercail romain dont ils ont été exclus voici vingt-trois ans. Pour rappel : Mgr Marcel Lefebvre avait outrepassé les ordres du Vatican et donc ordonné illégalement quatre évêques fin juin 1988.

Certes, depuis lors pas mal d’eau a coulé dans le Tibre avec un Benoît XVI plus favorable à une réconciliation mais un accord entre les frères ennemis de l’Eglise s’annonce très difficile. Non pas parce que Rome continuerait à mettre la barre très haut face aux traditionalistes -tout au contraire, elle joue l’ouverture- mais les intégristes restent toujours hostiles à reconnaître le concile Vatican II, pierre angulaire théologique et idéologique du catholicisme contemporain.

Pas plus tard que le 15 août dernier à Saint-Malo Mgr Fellay a répété que la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X n’avait aucune intention de l’accepter. Et cela malgré les discussions doctrinales menées depuis deux ans entre Rome et Ecône. Sinon même à cause d’elles puisque le chef de file des intégristes a ajouté qu’en soi, ces discussions n’apportent pas un grand bien dans l’immédiat, parce que c’est la rencontre de deux mentalités qui s’entrechoquent. Et de les comparer à "un tournoi où deux chevaliers croisent le fer, s’élancent, mais passent à côté l’un de l’autre" .

L’évêque dissident avait ajouté un aphorisme très dehaenien : "Ils ne peuvent en tout cas pas dire qu’on est d’accord Si nous sommes d’accord sur un point, c’est que sur aucun point nous ne sommes pas d’accord !" Certes pour Bernard Fellay, les uns et les autres partagent nombre des points doctrinaux communs mais pour les siens Vatican II ne fut qu’une suite d’"erreurs" . Et de menacer : "Si l’objectif de Rome reste toujours l’acceptation du concile par la Fraternité, les discussions ont été assez claires pour montrer que nous n’avons pas l’intention de nous engager dans cette voie. A quoi servirait-il de recevoir un quelconque avantage ici-bas si on doit mettre en jeu la foi ? C’est impossible. Et sans la foi il est impossible de plaire à Dieu, donc notre choix est fait."

Le discours intégriste a le mérite de la clarté mais même en échange du ralliement de quelques dizaines de milliers de fidèles, on voit mal Rome céder sur l’essentiel. C’est d’autant plus vrai que l’immense majorité des catholiques fidèles à Rome ne l’admettrait pas. Nombre d’entre eux avaient tiqué en 2007 lorsque Benoît XVI avait rétabli la possibilité de célébrer la messe en latin et le dos au peuple. Leurs réactions furent encore plus vives en janvier 2009 lorsque Benoît XVI se disait prêt à lever l’excommunication frappant les évêques intégristes, d’autant plus que l’un d’eux Mgr Williamson venait de s’illustrer par des propos négationnistes.

Benoît XVI a certes le pouvoir d’aller plus loin mais le climat n’est certainement pas favorable à un rapprochement : les intégristes ont aussi été très critiques lors de la béatification de Jean-Paul II et ils ne sont pas plus tendres pour la prochaine rencontre interreligieuse pour la paix à Assise.