Les comptes de Sarkozy

Le président français a par ailleurs appelé "tous les pays qui ont sur leur sol des personnes recherchées à travailler avec les instances internationales pour que chacun rende des comptes sur ce qu’il a fait". S’il s’agit que chacun "rende des comptes sur ce qu’il a fait", pourquoi faudrait-il exonérer ces dirigeants démocratiques qui reçurent chaleureusement Kadhafi ?

Les comptes de Sarkozy
©AFP Internet

En visite éclair à Tripoli, jeudi, avec le Premier ministre britannique David Cameron, Nicolas Sarkozy a affirmé qu’il n’y avait aucun accord entre les nouvelles autorités libyennes et le gouvernement français sur le partage des richesses naturelles de la Libye, la France ne demandant aucun traitement de faveur bien qu’elle fût à la pointe du mouvement international de soutien aux rebelles. Dont acte.

Le président français a par ailleurs appelé "tous les pays qui ont sur leur sol des personnes recherchées à travailler avec les instances internationales pour que chacun rende des comptes sur ce qu’il a fait". M. Sarkozy a ainsi plaidé pour l’arrestation de Mouammar Kadhafi et de ses proches, y compris ceux qui ont trouvé refuge à l’étranger, notamment en Algérie et au Niger.

Doit-on mettre sur le compte de la "grande émotion" que le chef de l’Etat français a ressentie en visitant la "Libye libérée", une sorte d’amnésie (très tendance, il est vrai, ces jours-ci, dans les rangs de la droite française où un ancien président ne se souvient même plus d’avoir été maire de Paris). Car s’il s’agit que chacun "rende des comptes sur ce qu’il a fait", pourquoi faudrait-il exonérer ces dirigeants démocratiques qui reçurent chaleureusement Kadhafi à l’époque où le guide d’un régime terroriste était jugé parfaitement fréquentable ?

M. Sarkozy était de ceux-là et il n’y eut guère que la secrétaire d’Etat Rama Yade, à droite, pour rappeler que la France n’était pas "un paillasson" sur lequel un tyran pouvait "venir s’essuyer les pieds du sang de ses forfaits". L’Elysée avait eu le mauvais goût supplémentaire d’organiser la visite de Kadhafi à Paris un 10 décembre, journée internationale des droits de l’homme. Mais c’est Mme Yade qui fut tancée pour n’avoir pas pu la boucler.

C’était en 2007 et c’est donc de l’histoire ancienne. Mais le double discours de Nicolas Sarkozy sur Kadhafi n’a pas qu’un intérêt historique. La France - comme d’autres pays occidentaux - ne continue-t-elle pas à courtiser des dictateurs quand cela l’arrange ? Au moment où son président s’indigne des crimes de l’ex-colonel libyen, Alain Juppé est ainsi à Pékin et pas pour demander qu’on y "rende des comptes". On prête pourtant au Parlement chinois, entre autres célébrations des droits de l’homme, le projet de légaliser bientôt la détention des opposants pour une période de six mois, sans qu’aucune charge soit rendue publique, et en des lieux tenus secrets. Cela revient à légaliser les disparitions forcées et c’est digne de Kadhafi.