Devant la prison de Jackson, on veut croire au miracle pour Troy Davis

Devant la prison de Jackson, dans le sud-est américain, deux cents personnes veulent encore croire au miracle pour le condamné à mort Troy Davis, à moins de deux heures de son exécution, criant leur colère et leur honte face à cette "injustice scandaleuse".

Devant la prison de Jackson, on veut croire au miracle pour Troy Davis
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AFP

Devant la prison de Jackson, dans le sud-est américain, deux cents personnes veulent encore croire au miracle pour le condamné à mort Troy Davis, à moins de deux heures de son exécution, criant leur colère et leur honte face à cette "injustice scandaleuse".

"C'est un scandale, personne ne doit exécuter quelqu'un sans preuve matérielle et uniquement sur la base de témoignages oculaires", déclare le pasteur Al Sharpton, connu pour son combat pour les droits civiques et qui lutte depuis des années pour la cause de Troy Davis. Sur le gazon à l'entrée de la prison, dans un espace entouré de rubans jaunes où la presse ne peut pas pénétrer, les manifestants, dont beaucoup sont noirs, chantent, les bras au ciel, et hurlent : "Justice pour Troy Davis", "Arrêtez l'exécution", "Libérez Troy Davis", alors que les ultimes recours devant la justice sont, un à un, rejetés et que l'heure de l'exécution, prévue à 19H00 (23H00 GMT) se rapproche inexorablement.

De l'autre côté de la route, quelque 200 autres personnes se sont également réunies pour prier dans une petite église. "Nous gardons espoir, nous continuons nos prières pour qu'il y ait une intervention", déclare à l'AFP la soeur de Troy Davis, Martina Correia. Avec ses trois autres frères et soeur, elle s'est rendue sur place pour réclamer la fin de "la peine capitale".

"Nous espérons un miracle", confie le révérend Sharpton à l'AFP, "mais notre devoir ici est de nous assurer que la loi change". "Quoi qu'il arrive ce soir à Troy, son affaire doit être pour nous un précédent juridique pour dire: les témoins oculaires ne doivent pas servir à une exécution dans ce pays". "Il y a déjà eu des miracles dans cette affaire", remarque Laura Moye, directrice du projet sur la peine capitale à Amnesty International en soulignant que Troy Davis a déjà échappé à trois exécutions. "Il y a quelque chose de puissant dans ce dossier, avec le mouvement qui s'est construit autour de lui".

"Il y a des gens à Paris, il y a des gens en Afrique, il y a des gens dans le monde entier (qui) vont nous voir le tuer", lance à la foule un pasteur, Vizion B. Jones. "Ne venez plus jamais en vacances en Géorgie, ne venez plus jamais assister à un match de base-ball ici", crie-t-il encore. Pour lui, "il s'agit de justice, pas de couleur de peau".

Beaucoup sont vêtus de tee-shirts portant l'image du détenu noir de 42 ans. Depuis la mi-journée, ils scandent son nom, brandissent des pancartes sur lesquelles on peut lire: "Je suis Troy Davis" ou "Trop de doutes, laissez-le sortir", se prennent la main en cercle et implorent le ciel. "La Géorgie montre qu'un Etat ne peut pas avoir ce pouvoir avec la peine capitale, car, regardez cette injustice scandaleuse, cette violation scandaleuse des droits de l'homme qu'ils sont sur le point de commettre", lâche Mme Moye.

"L'injustice où qu'elle soit est partout une menace pour la justice", scande A. C. Dumas, de l'organisation de défense des Noirs américains NAACP, citant le pasteur Martin Luther King. "L'injustice ici en Géorgie est une menace pour la justice en France", dit-il.

Pourtant, selon lui, "si Troy meurt ce soir, on peut toujours éteindre la musique mais on ne pourra pas faire disparaître la chanson, comme lorsque Martin Luther King est mort".


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