La Cour suprême rejette l'ultime appel

L'exécution de Troy Davis a été retardée pendant plusieurs heures mercredi soir aux Etats-Unis en attendant une ultime décision de la Cour suprême qui a finalement autorisé la mise à mort du condamné soutenu par une forte mobilisation internationale.

La Cour suprême rejette l'ultime appel
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L'exécution de Troy Davis a été retardée pendant plusieurs heures mercredi soir aux Etats-Unis en attendant une ultime décision de la Cour suprême qui a finalement autorisé la mise à mort du condamné soutenu par une forte mobilisation internationale.

Dans un très bref courriel adressé aux médias plus de trois heures après l'heure prévue de l'exécution, le plus haut tribunal américain a annoncé qu'il rejetait la demande des avocats de l'Afro-américain âgé de 42 ans, ouvrant la voie à l'injection des produits mortels dans les veines du condamné.

Dès la nouvelle connue, les centaines de manifestants présents devant le pénitencier de Jackson en Géorgie (Sud-Est) se sont rassemblés en silence pour se réconforter mutuellement en prévision de la mise à mort. De nombreux policiers équipés de casques et de matraques interdisaient l'accès à la prison.

Condamné à mort en 1991 pour le meurtre d'un policier blanc tué par balles sur un parking de Savannah deux ans plus tôt, Troy Davis devait se voir administrer l'injection mortelle en présence de la veuve et des enfants de la victime, malgré des doutes sur sa culpabilité.

Lors du procès, neuf témoins ont désigné Troy Davis comme l'auteur du coup de feu mais l'arme du crime n'a jamais été retrouvée et aucune empreinte digitale ou ADN n'a été relevée. Depuis, sept témoins se sont rétractés, certains d'entre eux affirmant avoir été incités par la police à accuser Troy Davis.

La décision de la Cour suprême a mis fin à une journée d'intenses efforts de l'avocat de Troy Davis, qui a réclamé une suspension de l'exécution en assurant avoir "de nouvelles preuves" exonérant son client.

La requête déposée mercredi matin par Me Brian Kammer citait notamment "un faux témoignage" du médecin légiste qui a autopsié le corps du policier décédé. Mais cette requête a été rejetée successivement en première instance puis par la Cour suprême de Géorgie et enfin par la Cour suprême des Etats-Unis.

La veille, le comité des grâces de Géorgie avait déjà rejeté un précédent recours, ouvrant la voie à l'exécution. Troy Davis s'était ensuite adressé par écrit à ses partisans depuis le couloir de la mort où il se trouve depuis 20 ans, affirmant que "le combat pour la justice" ne s'arrêterait pas avec lui. Depuis sa condamnation, Troy Davis a déjà échappé à trois exécutions grâce à de multiples recours judiciaires.

Le président Barack Obama a fait savoir mercredi soir qu'il se refusait à intervenir. Le porte-parole de la Maison Blanche, Jay Carney, a indiqué qu'il n'appartenait pas au président "de peser sur des affaires spécifiques comme celle-ci, qui est une procédure d'Etat fédéré".

La décision mardi du comité des grâces a déclenché une avalanche de critiques, à la mesure du soutien international dont bénéficie Troy Davis.

Présenté par ses partisans comme le prototype du Noir condamné à tort, M. Davis jouit de l'appui de personnalités comme l'ancien président Jimmy Carter, le pape Benoît XVI ou l'actrice Susan Sarandon et des centaines de manifestations de soutien ont eu lieu partout dans le monde.

La France et la Vatican ont appelé mercredi à la clémence. Dans un éditorial cinglant, le New York Times a dénoncé "les nombreuses graves erreurs" commises dans le dossier Davis, qui selon le quotidien prouve à nouveau "la barbarie de la peine de mort".

Interrogée sur la chaîne de télévision CNN, Anneliese MacPhail, la mère du policier tué en 1989, a dit attendre "soulagement et paix" de l'exécution de Troy Davis, après "l'enfer" qu'elle a vécu depuis la mort de son fils.


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