Un discours papal serein mais ferme

Dans l’avion qui l’amenait jeudi à Berlin, Benoît XVI n’a esquivé nulle interpellation des journalistes, question de faire baisser la pression autour de son troisième voyage sur sa terre natale depuis son élection. Le Pape a ainsi déclaré comprendre les départs de l’Eglise des victimes de clercs pédophiles : "Je peux comprendre que parmi des personnes touchées, quelqu’un dise : ce n’est plus mon Eglise, l’Eglise était pour moi la force de l’humanisation de l’amour. Si des représentants de l’Eglise font le contraire, je ne veux plus la suivre." Mais il ne faut pas la quitter car "l’Eglise est bien plus qu’une association sportive ou culturelle" . Comme on l’interrogeait aussi sur la contestation qui l’attendait, le Pape a répondu diplomatiquement que "cela fait partie de la liberté et nous devons reconnaître que le laïcisme et l’opposition au catholicisme sont des tendances fortes dans nos sociétés. Mais si l’opposition s’exprime de manière courtoise, il n’y a rien à dire".

Christian Laporte

Dans l’avion qui l’amenait jeudi à Berlin, Benoît XVI n’a esquivé nulle interpellation des journalistes, question de faire baisser la pression autour de son troisième voyage sur sa terre natale depuis son élection. Le Pape a ainsi déclaré comprendre les départs de l’Eglise des victimes de clercs pédophiles : "Je peux comprendre que parmi des personnes touchées, quelqu’un dise : ce n’est plus mon Eglise, l’Eglise était pour moi la force de l’humanisation de l’amour. Si des représentants de l’Eglise font le contraire, je ne veux plus la suivre." Mais il ne faut pas la quitter car "l’Eglise est bien plus qu’une association sportive ou culturelle" . Comme on l’interrogeait aussi sur la contestation qui l’attendait, le Pape a répondu diplomatiquement que "cela fait partie de la liberté et nous devons reconnaître que le laïcisme et l’opposition au catholicisme sont des tendances fortes dans nos sociétés. Mais si l’opposition s’exprime de manière courtoise, il n’y a rien à dire".

A peine arrivé à Berlin, le Pape s’est entretenu avec la chancelière Merkel. Selon cette dernière, il fut question de l’évolution délicate de la crise financière. Mais le moment le plus attendu de la première journée fut sans conteste le discours prononcé devant le Bundestag et boycotté par une centaine d’élus de gauche qui soutenaient ainsi la manifestation qui se déroulait à la même heure contre la venue du Pape et les positions de l’Eglise catholique en matière morale et éthique. Cette mobilisation n’a cependant pas empêché Benoît XVI de mettre en garde les députés contre les lois contraires à la liberté et à la dignité humaines. En fait, il a focalisé ses propos sur la liberté sans cependant faire la moindre allusion aux problèmes de la société, de l’économie et de l’Eglise allemandes, ni même à la contestation anticléricale. Soulignant que "l’homme a acquis un pouvoir jusqu’ici inimaginable, il est en mesure de détruire le monde. Il peut se manipuler lui-même. Il peut, créer des êtres humains et exclure d’autres êtres humains du fait d’être des hommes" évoquant là certaines avancées scientifiques récentes. Mais devant les députés, il a aussi lancé un appel à l’objection de conscience face à des textes de lois qui seraient en contradiction avec le magistère de l’Eglise. Face à "ces questions où est en jeu la dignité de l’homme" , "le critère de la majorité ne suffit pas" . Il a aussi rappelé qu’aux premiers siècles de l’Eglise, "la résistance à certains règlements juridiques en vigueur avait été justifiée théologiquement". Sur cette base "les combattants de la Résistance ont agi contre le régime nazi et contre d’autres régimes totalitaires". " Nous Allemands, nous avons fait l’expérience de séparer le pouvoir du droit, de mettre le pouvoir contre le droit, de fouler aux pieds le droit, de sorte que l’Etat était devenu une bande de brigands très bien organisée, qui pouvait menacer le monde entier et le pousser au bord du précipice" , a déclaré le Pape, rappelant la dictature hitlérienne.