Appels à la fin de l’impunité de la CIA en Europe

Dix ans après le début de la guerre contre le terrorisme, l’Europe n’a toujours pas fait la lumière sur la participation de certains pays aux activités illégales de l’agence de renseignement américaine sur le sol européen.

T.M (St.)
Appels à la fin de l’impunité de la CIA en Europe
©AFP Internet / afp.com

Dix ans après le début de la guerre contre le terrorisme, l’Europe n’a toujours pas fait la lumière sur la participation de certains pays aux activités illégales de l’agence de renseignement américaine sur le sol européen. L’Allemagne, la Pologne, la Suède, la Lituanie, le Royaume-Uni, la Macédoine, la Roumanie Tous viennent d’être épinglés par Amnesty International, le Conseil de l’Europe et le Parlement européen pour avoir collaboré, aidé, ou pour avoir fermé les yeux devant des enlèvements, détentions illégales et/ou torture de personnes soupçonnées d’être membres d’al Qaeda ou liées à des activités islamistes. Aucun des pays européens en question n’a mené l’enquête jusqu’au bout. A chaque fois c’est l’argument "secret d’Etat" qui est invoqué.

L’exemple le plus récent est celui de la Lituanie qui était pourtant bien partie pour élucider certains aspects de sa participation dans l’enlèvement et la torture d’Abu Zubaydah, faussement accusé par la CIA d’avoir été l’un des cerveaux des attentats du 11 septembre.

C’est en Lituanie qu’il aurait été le "cobaye" du programme "HVD" - High Value Detainees - les détenus de "haute valeur", un programme qui consistait notamment à le priver de sommeil et de nourriture, simuler la noyade ou encore le menacer de l’infecter avec le virus du Sida

Les autorités lituaniennes ont admis avoir aménagé un camp de détention secret à 20 kilomètres de Vilnius mais n’ont jamais voulu révéler si des détenus y avaient été retenus et/ou torturés y compris Zubaydah. Le procureur général lituanien a coupé court à l’investigation au début de cette année.

Dans d’autres pays comme la Roumanie, les autorités continuent à tout nier en bloc, malgré des preuves criantes venant des autorités douanières polonaises.

Dans la majorité des cas, notent les organisations de défense des droits de l’homme, c’est le secret d’Etat qui est invoqué pour stopper les enquêtes.

" Permettre à un Etat d’arrêter une enquête sur des détentions secrètes sur la seule base que la fonction du site sur lequel les détentions se sont déroulées ne peut être révélée parce que c’est un secret, serait permettre à un Etat de contourner ses obligations ", s’indigne Amnesty dans son rapport du 29 septembre "Déverrouillez la vérité en Lituanie, investiguez les prisons secrètes".

Même son de cloche à l’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe qui votait jeudi une nouvelle résolution appelant les gouvernements des pays membres à ne pas entraver les enquêtes parlementaires et judiciaires et à mettre fin à " l’abus du secret d’Etat dans les investigations sur de graves violations des droits de l’homme " pendant la guerre contre le terrorisme.

Les parlementaires du Conseil de l’Europe mettent en garde contre le risque de voir les services de renseignement devenir "un Etat dans l’Etat" qui ne répondrait d’aucunes de ses actions.

D’où l’importance, selon eux, de rouvrir les dossiers de collaboration dans les pays européens dix ans après le début de la guerre.

Car il ne faudra pas trop compter sur les USA, si l’on en croit Amnesty International, qui les qualifiait déjà de " zone dépourvue de responsabilité " dans un rapport de 2010.

"Nous avons rencontré un manque de volonté universel de la part des autorités américaines de s’attaquer à cette violation monumentale des droits de l’homme. Nous maintiendrons la pression mais nous nous attendons plutôt à des résultats de la part des Européens que des Américains , admet Natacha Kazatchkine. L’Europe a maintenant l’opportunité de se réengager dans la machine des droits de l’homme et de mettre fin à l’impunité."

Amnesty a donc demandé à la Commission européenne de " remédier aux déficiences des lois de l’UE qui auraient pu permettre la complicité dans les opérations contre le terrorisme violant les droits de l’homme".

Le Parlement européen quant à lui a nommé un rapporteur mardi pour rédiger un rapport d’initiative dans les six mois à venir sur les activités illégales de la CIA en Europe.

Le rapporteur, Hélène Fautre, dit vouloir "refaire des droits de l’homme dans la guerre contre le terrorisme une priorité en Europe".