A Jérusalem, un funeste musée

La municipalité de Jérusalem a le projet d’édifier dans la ville sainte un "musée de la Tolérance", sur le modèle de celui que le Centre Simon Wiesenthal a ouvert à Los Angeles en février 1993. Mais le site de Jérusalem n'est peut-être pas des plus judicieux...

A Jérusalem, un funeste musée
©Bauweraerts

La municipalité de Jérusalem a le projet d’édifier dans la ville sainte un "musée de la Tolérance", sur le modèle de celui que le Centre Simon Wiesenthal a ouvert à Los Angeles en février 1993. Cette institution, qui a déjà attiré cinq millions de visiteurs, est conçue, non pas comme un musée conventionnel, mais comme un outil pédagogique, un "laboratoire des droits de l’homme" destiné à promouvoir "le respect et la compréhension" en tirant les leçons de l’Histoire. Son succès a suscité la création d’un deuxième Museum of Tolerance (MOT) à New York et, depuis 2004, l’intention est d’en fonder un troisième à Jérusalem.

En fait de "respect" et de "compréhension", toutefois, le choix du site à Jérusalem n’est sans doute pas le plus judicieux, même s’il ne manque pas d’âme puisqu’il recouvre un cimetière musulman datant du XIIe siècle, dans le quartier de Ma’man Allah, aujourd’hui Mamilla, dans la partie occidentale de la ville. Des notables, des savants, des maîtres soufis y ont été enterrés. Des inhumations s’y déroulaient encore en 1948, lorsque fut créé l’Etat Hébreu. Entre-temps, sous le mandat britannique, le site avait été classé par la puissance coloniale.

Les autorités israéliennes auraient donc préféré que le projet progresse dans la discrétion, mais il était difficile, pour chacun des protagonistes, d’être muet comme une tombe alors que le site se trouve sous les fenêtres de l’immeuble abritant la censure militaire, le service de presse du gouvernement et les bureaux de nombreux correspondants étrangers. La controverse, qui a fait l’objet de deux jugements - contradictoires - de la Cour suprême, n’a cessé d’enfler, les détracteurs du projet criant à la profanation d’un lieu sacré, ses défenseurs arguant que le site fait partiellement office de parking municipal depuis 1960.

Les promoteurs du MOT sont tombés sur un os, et même plusieurs. Dernière péripétie en date, en effet, dans la chronique d’un projet qui a été revu à la baisse, mais pour des raisons économiques seulement, quelque 84 archéologues d’Europe, d’Amérique et du Moyen-Orient (dont des Israéliens) viennent d’adresser une lettre au maire de Jérusalem, Nir Barkat, pour qu’il renonce immédiatement au musée. Ils déplorent que les travaux entrepris aient d’ores et déjà conduit à exhumer, de manière à la fois irrespectueuse et non scientifique, des centaines d’ossements humains. Il n’est pas sûr, cependant, que l’indignation suffise à convaincre la mairie d’enterrer le projet.