Toussaint ou Halloween ?

Il est très heureux que dans certains centres funéraires, il y ait un rituel laïque de plus grande qualité que par le passé, par le choix des textes et par certains commentaires offerts par des comédiens.

Entretien : Jean-Paul Duchâteau
Toussaint ou Halloween ?
©Alexis Haulot

Gabriel Ringlet

Prêtre et écrivain

Les fêtes de la Toussaint et des morts continuent-elles d’être des moments forts de la société en dépit de sa sécularisation ?

Sur le plan quantitatif, non, évidemment. On voit bien, depuis quelques dizaines d’années, un désinvestissement. Si on vient sur le plan plus qualitatif, il me semble que le rituel a progressé, qu’on a été plus attentif à ces sujets-là puisque la question de la mort est plus débattue dans nos sociétés qu’elle ne l’était il y a vingt ans. Aujourd’hui, on a un peu une inversion des choses. Au départ c’est la Toussaint qui éclairait le jour des morts, et maintenant, c’est le jour des morts qui vient rééclairer la Toussaint.

Le rite de la mort a-t-il évolué ?

Il a plutôt bien évolué. Du côté catholique, c’est une des plus belles réussites du concile Vatican II. On a quitté l’atmosphère de morbidité, le noir des tentures qui était aussi celui des discours, pour aller vers plus de lumière, plus de légèreté. Ce qui me paraît très heureux, c’est que le rite évolue aussi du côté de la laïcité. Je trouve que la laïcité s’est mise à investir dans cette dimension anthropologique. Il est très heureux que dans certains centres funéraires, il y ait un rituel laïque qui est de plus grande qualité que par le passé, par le choix des textes et de la musique, par certains commentaires offerts par des comédiens.

Comment peut-on gérer la mort d’un proche ?

Il faut d’abord reconnaître la faille qui s’ouvre en soi lorsqu’un être cher nous quitte. La pire des choses serait de fuir cette faille. Et on a parfois tendance à encourager très mal ceux qui sont dans le deuil en leur disant "allez, surmonte-toi, cela ira". C’est ridicule. Quand nous perdons quelqu’un, nous sommes jetés dans un terrible dénuement. C’est un événement qu’il faut vivre. Le jardin est dévasté, mais si l’on veut en sortir, il faut continuer à s’y promener. Ensuite, ne rien précipiter. Si la blessure n’a pas coulé un certain temps, elle va mal cicatriser. C’est aussi la solidarité des autres ; nous avons terriblement besoin d’être soutenus, mais elle doit être à la fois légère et discrète. Un autre élément qui permet de gérer cette mort, ce sont les rites de qualité. De très grands enjeux se jouent déjà au moment des funérailles. Ce qui permet de surmonter la mort d’un proche, c’est la générosité, c’est de se donner aux autres qui eux-mêmes sont parfois en train de passer des moments difficiles. C’est dans cette générosité-là que parfois on trouve la force de surmonter son propre deuil.

Quant à sa propre mort, comment doit-on s’y préparer ?

On peut s’y préparer toute sa vie, et même toujours, et finalement mourir très douloureusement. En revanche, il y a des gens qui n’y ont jamais pensé et qui partent très sereinement. Ma première réponse est de ne surtout pas psychologiser autour des derniers moments. Il n’y a pas de laide ou de belle mort. Personne ne sait pas comment il va l’affronter. Par contre, rendre la mort présente dans sa vie, quand il fait beau, ou que l’on est en forme, c’est très important. La mort est un appel à être plus vivant, à mieux vivre, et à devancer l’adieu. C’est finalement se dire adieu avant, non pas pour pleurer, au contraire, mais pour s’engager davantage aujourd’hui. L’idéal, c’est que la mort n’ait plus rien à prendre parce qu’on a tout donné déjà.