Italie: "Pars, tu coûtes trop cher !"

Dans un mois, Giacomo touchera la dernière mensualité de sa bourse de chercheur. A vingt-sept ans, ce physicien au regard un peu flou et aux cheveux noirs en bataille dans le vrai style de jeune Einstein, travaille sur des projets de haut niveau.

Italie: "Pars, tu coûtes trop cher !"
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V. D.

Dans un mois, Giacomo touchera la dernière mensualité de sa bourse de chercheur. A vingt-sept ans, ce physicien au regard un peu flou et aux cheveux noirs en bataille dans le vrai style de jeune Einstein, travaille sur des projets de haut niveau. Il se rend une fois par mois au Cern à Genève, où il participe aux expériences internationales sur les particules, l’atome est devenu son univers. "Cela fait 9 ans que je suis à l’université de Turin, j’ai toujours eu des résultats excellents, ensuite j’ai obtenu ce poste de chercheur et j’ai collaboré avec des physiciens du monde entier. J’ai 27 ans, et à présent j’aimerais obtenir un peu de certitude pour le futur, mais voilà, l’Italie me répond : ‘Pars, on ne te veut plus, tu coûtes trop cher !’"

Giacomo touche 1 040 euros par mois, pas bien lourd. Mais les restrictions et les mesures d’austérité ont pulvérisé les espoirs des jeunes. Le gouvernement a réduit de 7 millions d’euros le financement des universités, ce qu’il reste suffit à peine à payer les salaires du personnel sous contrat. "Quand je travaille au Cern, et que je parle avec les autres chercheurs, les Allemands ou les Français, je me rends compte qu’ils ne sont pas obsédés comme nous par la recherche d’un poste de travail. Ils savent qu’ils auront des opportunités, qu’il y a des budgets. Nous, les Italiens, nous ne parlons que de ça, même avec mes amis qui ne sont pas chercheurs. C’est évident qu’en Europe, il vaut mieux naître Français ou Allemand qu’Italien."

L’Italie a aussi décidé de réduire le nombre de chercheurs universitaires. De soixante mille, les laboratoires et autre centres de recherches devront réduire le nombre de doctorants à 40 000. Pendant 5 ans, il n’y aura donc plus aucun engagement. "L’Italie a toujours été un pays de pointe dans le domaine de la physique, nous avons trois prix Nobel, nous participons et nous finançons de nombreuses expériences internationales. Avec ces restrictions, nous allons détruire tout cela aussi. Dans 5 ans, nous aurons perdu cette renommée internationale. Aux Etats-Unis, ils considèrent que les chercheurs italiens sont les meilleurs. C’est vraiment une catastrophe", explique Alessandro Ferretti, un jeune professeur en physique à l’université de Turin.

Giacomo espère encore trouver une place dans une université hollandaise mais il pense surtout aux jeunes étudiants, qui entrent à l’université maintenant : "Je considère absolument anormal que la société italienne paie pour nos études dans les universités publiques, et ensuite nous oblige à quitter le pays pour travailler. Nous ne rentabilisons absolument pas l’investissement des Italiens, qui finalement paient les écoles avec leurs taxes."

Il jette un œil nostalgique sur son appartement à Turin. "C’est difficile à mon âge de me dire que je dois laisser derrière moi mon univers, ma famille, ma copine, tout simplement parce que les dirigeants de ce pays n’ont pas pensé à travailler pour sauvegarder les jeunes générations. Quand je pense à mes amis qui se trouvent en France, ils pensent à fonder une famille, et moi je me demande encore où je serai dans deux, trois mois."


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