Riche et pauvre à la fois

Basta. Nous ne voulons plus payer pour le Sud, les ‘terroni’ n’ont qu’à travailler, la sécession est l’unique solution !" Quand il parle ainsi, Umberto Bossi, le chef de la Ligue du Nord, est certain d’entendre une foule en liesse l’acclamer.

Basta. Nous ne voulons plus payer pour le Sud, les ‘terroni’ n’ont qu’à travailler, la sécession est l’unique solution !" Quand il parle ainsi, Umberto Bossi, le chef de la Ligue du Nord, est certain d’entendre une foule en liesse l’acclamer.

A Pontida, ou dans les villes des plaines du Nord, ce discours rencontre un franc succès parmi ses partisans. Jouer sur le cliché des méridionaux paresseux, voleurs, sales (pour la Ligue du Nord les immondices dans les rues de Naples en sont la preuve) et parasites fonctionne depuis plus de vingt ans.

Des images qui ont la vie dure et qui remontent à la naissance de l’Italie, voici 150 ans. Mais alors que la crise économique semble atteindre son paroxysme, ils sont nombreux ceux qui pensent qu’il suffirait de faire repartir la locomotive du Nord pour relancer l’économie du pays.

La réalité pourrait cependant être bien différente. Certes, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Un Calabrais ou un Sicilien gagne 57 % de ce que gagne un Italien du Nord. La Lombardie peut se vanter d’avoir un produit intérieur brut identique à celui de la riche Bavière alors que le PIB des régions du Sud rejoint celui de la Grèce. Là, de nombreuses familles vivent en dessous du seuil de pauvreté et faire coexister ces deux réalités économiques est un défi permanent.

Le taux d’occupation est particulièrement préoccupant. Un jeune Italien du Sud de moins de 34 ans sur deux est sans emploi. Et ceux qui travaillent dépendent principalement du secteur public, la productivité du privé étant réduite au minimum. "Au cours de la dernière décennie, le Centre-Sud a laissé passer le train du développement de l’Union Européenne. Le retard ne se manifeste plus seulement par rapport aux pays de la vieille Europe mais aussi par rapport aux nouveaux membres de l’Union", estime Riccardo Padovani, du Svimez, l’association pour le développement du Sud.

Contrairement à l’Espagne ou au Portugal, les ressources européennes ont été saupoudrées selon des logiques politiques et des millions d’euros sont détournés par les mafias. Une enquête est par exemple ouverte à Naples, où 750 000 euros des fonds européens auraient servi à organiser un concert d’Elton John !

"Un monde artificiel est né autour de ces subsides alors qu’il aurait fallu cibler les grandes infrastructures comme l’ont fait la Grèce ou le Portugal et il aurait fallu mettre en place un système d’aides fiscales, comme l’a fait l’Irlande pour attirer les investissements", estiment les économistes.

Mais les multinationales ne se fient pas trop du Sud. Les investissements étrangers restent faibles, 13 euros par habitant dans le Sud contre 292 euros au Nord ! Paradoxalement, même les grands investissements dans l’énergie solaire se font au-dessus de Rome. La grande centrale solaire de Ferrara, par exemple, aurait été bien plus rentable dans les grands territoires des Pouilles ou encore de Sicile. "Nous préférons produire un peu moins d’énergie mais investir moins d’argent dans la sécurité de la centrale, dans le Sud, les panneaux solaires sont volés pas la mafia locale", explique le porte-parole du groupe espagnol qui a réalisé l’investissement.

Le plan pour le Sud, présenté par feu le gouvernement de Silvio Berlusconi devait compenser les inégalités, permettant aux Italiens du Sud de créer des activités avec des avantages fiscaux évidents, mais le manque d’argent dans les caisses de l’Etat a eu le dernier mot. "Le Sud est stratégique pour le développement de l’Italie. Il ne suffit pas de lui faire l’aumône. Les Italiens du Sud représentent un capital humain exceptionnel. La formation universitaire est en augmentation constante. Plus élevée que dans le Nord", souligne Riccardo Padovani.

Les Italiens du Nord rétorquent souvent avec ironie qu’en Calabre, on offre les diplômes ou plutôt on les achète ! Mais des pôles d’excellence, dans les nouvelles technologies par exemple, sont pourtant en train de voir le jour en Campanie et en Sicile, alors que les régions fortement industrialisées du Nord souffrent profondément de la crise.

En un siècle et demi, les institutions italiennes n’ont pas réussi à gommer les différences économiques et encore moins culturelles, mais le Sud et ses grands espaces peuvent encore offrir une source de développement immense pour l’Italie. C’est un passage obligé pour permettre à la croissance économique du pays de repartir et c’est certainement l’occasion pour les Italiens de finalement jouer en équipe.

V. D., à Rome