Ciao ciao berlusconisme !

A Naples, on perd difficilement le sens des affaires. Dans la vitrine du maître santonnier Genny Di Virgilio, les statuettes de Silvio Berlusconi ont retrouvé la première place dès l’annonce de la démission du président du Conseil.

Ciao ciao berlusconisme !
©REPORTERS / Queen
Valérie Dupont

Analyse Correspondante en Italie

ANaples, on perd difficilement le sens des affaires. Dans la vitrine du maître santonnier Genny Di Virgilio, les statuettes de Silvio Berlusconi ont retrouvé la première place dès l’annonce de la démission du président du Conseil. Bientôt soldés ou non, ces santons racontent à leur manière les gloires et déboires de cet homme qui aura coloré de populisme l’Italie de ces deux dernières décennies : assis sur un trône, triomphant après ses victoires électorales, le visage en sang à la suite de son agression à Milan, représenté en nain de Kadhafi ou en mode "bunga bunga".

"Nous ne sommes pas un parti, nous sommes un peuple", crie-t-il régulièrement à ses partisans. Obnubilé par sa propre personne, Silvio Berlusconi, sous le prétexte de moderniser le pays, a voulu modeler l’Italie à son image, avec ses télévisions, sa culture kitsch, son argent, et sa manière de voir la société, les femmes et la politique.

"Le berlusconisme, ces dernières années, a réussi à influencer fortement les partis d’opposition. Premièrement, en donnant une importance incroyable, et cela ne s’était jamais vu dans notre pays, au charisme personnel du leader politique et les autres partis ont malheureusement adhéré à cette vision des choses. Mais surtout, c’est un système où la liberté d’information est très fragile et où les jeunes générations sont confrontées à des difficultés de plus en plus grandes. On peut difficilement lui pardonner d’avoir négligé totalement le financement de la recherche et de l’innovation au profit de l’enrichissement rapide et de la fraude fiscale", analyse le politologue Nicola Tranfaglia.

Il faudra certainement patienter quelques années pour vraiment savoir si l’ADN de la société italienne a intégré le gène du berlusconisme ou si la transformation n’était que chirurgie plastique. Mais, à l’annonce de la chute du Cavaliere, les réactions ne se sont pas fait attendre. "Je me réjouis de voir le berlusconisme relégué dans les livres d’histoire", a ainsi déclaré le chef du groupe du Parti démocrate à la Chambre, Dario Franceschini. "Le vainqueur n’est pas celui qui gagne toujours, mais celui qui n’est jamais vaincu", lui a répondu la bouillante Daniela Santanché, une des Walkyrie du Cavaliere. "Berlusconi et le berlusconisme ne seront jamais vaincus parce que c’est ce que veulent les Italiens !"

La tentation populiste séduit toujours de larges pans de l’opinion publique. Et d’autant plus si Silvio Berlusconi reste actif en politique. "Le peuple a besoin de son ventriloque pour parler d’une seule voix. Il n’y a pas de populisme sans chef charismatique", écrit Marco Tarchi dans son livre "L’Italia populista".

Face à une gauche éclatée, qui n’a jamais réussi à s’opposer à la montée du populisme berlusconien, le choix de confier le gouvernail à Mario Monti permettra au moins d’appliquer à la crise italienne les recettes chocs, néolibérales, exigées par la Banque centrale européenne.

Mais les Italiens sont incorrigibles. Ils ont besoin de placer dans les mains d’un seul homme leurs problèmes et leurs espoirs ! Ainsi après Berlusconi, Mario Monti Sur Twitter ces derniers jours, son anagramme fait fureur, "Rimontiamo" (remontons la pente). Si le berlusconisme semble agonisant, la tentation du populisme n’est pas morte. Mais Mario Monti n’est pas Silvio Berlusconi.


Demain, posez toutes vos questions à Valérie Dupont, correspondante en Italie, dès 12h


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