La nausée de la politique

Si on exclut le Président de la République, les Italiens ont tendance à mettre l’ensemble des hommes politiques dans le même panier.

V. D., à Rome

Si on exclut le Président de la République, les Italiens ont tendance à mettre l’ensemble des hommes politiques dans le même panier.

Faites l’expérience ! De passage en Italie, prenez le temps d’une soirée pour faire un peu de "zapping". En s’arrêtant sur les différentes télévisions nationales et régionales, vous comprendrez rapidement la transformation de l’argumentation politique en Italie ces dernières années.

Chaque soir ou presque, le débat politique est le roi du petit écran et le climat est loin d’être serein. Doigt d’honneur en direct, insultes, hurlements Les joutes orales entre les hommes et les femmes politiques sont pour la plupart des grands moments de télévision qui certes font de l’audience, parfois six à sept millions de téléspectateurs, mais qui ont fini par écœurer les citoyens.

"Si l’hégémonie culturelle est la capacité d’influencer et de conditionner, à grande échelle, les opinions et les propos d’une société, alors la seule hégémonie culturelle de ces dernières années dans notre pays s’appelle le cynisme" , estime l’écrivain et journaliste Michele Serra. Le cynisme car les Italiens ont développé au cours de ces dernières décennies un certain type d’humour et de dérision, généralement basé sur le triste spectacle offert par les politiciens lors de leur passage en télévision.

Mais ce cynisme s’est aussi teinté d’une forte méfiance envers les institutions politiques. "On ne veut plus de Berlusconi, mais c’était un choix forcé, car le reste de la "casta" ne vaut pas mieux. Et je ne vois pas qui pourrait faire le Président du Conseil" , disent de nombreux Italiens lorsqu’on essaie de comprendre pourquoi Silvio Berlusconi a obtenu autant de soutien ces dernières années.

Le choix du mot n’est pas innocent. Dans le livre, "La Casta", publié en 2007, Sergio Rizzo et Gian Antonio Stella dénoncent les abus et les avantages des hommes politiques italiens. De gauche à droite, l’accumulation des folles dépenses et des passe-droits, a provoqué la montée d’un sentiment de rejet de la classe politique.

Les électeurs de gauche semblent encore plus touchés par ce cynisme et ce manque de confiance. Septante-deux pour cent des jeunes de moins de 34 ans rejettent la politique en bloc, alors que les plus de 50 ans souhaitent des politiciens sérieux et sages, dotés d’une grande force morale. Ils refusent ceux qui basent leur dialectique sur les seules promesses et le charisme.

Un fossé bien profond entre les attentes de la population et la réalité de la classe politique italienne.