La situation financière est grave

Tous les regards convergent vers Rome, tant s’accroissent les inquiétudes que l’Italie soit à son tour contrainte d’en appeler à l’aide européenne pour honorer sa dette - ce qui, vu l’ampleur des moyens qu’il faudrait mettre en œuvre, constituerait un choc auquel la zone euro résisterait difficilement.

La situation financière est grave
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Olivier le Bussy

Tous les regards convergent vers Rome, tant s’accroissent les inquiétudes que l’Italie soit à son tour contrainte d’en appeler à l’aide européenne pour honorer sa dette - ce qui, vu l’ampleur des moyens qu’il faudrait mettre en œuvre, constituerait un choc auquel la zone euro résisterait difficilement.

Hormis le déficit, qui reste contenu (moins 4 % du PIB en 2011), tous les voyants italiens sont au rouge : la dette publique culmine à près de 1900 milliards d’euros (120 % du Produit intérieur brut italien) et la croissance, atone, sera limitée à 0,1 % du PIB en 2012 selon les prévisions de la Commission européenne. Rome doit désormais s’acquitter d’un taux d’intérêt de 7 % pour emprunter à 10 ans sur les marchés, alors que l’Italie devrait lever l’équivalent de 300 milliards d’euros sur les marchés l’an prochain. Si l’on ajoute à cela un contexte politique incertain, sinon instable, force est de constater que la situation est grave.

Désespérée ? Pas encore, tempère Fabian Zuleeg, chef économiste au European Policy Center (EPC) : "Beaucoup dépendra de la marge de manœuvre que le système politique italien laissera à Mario Monti (qui prendra les rênes du conseil des ministres, à la suite du démissionnaire Silvio Berlusconi, NdlR). C’est la question principale." Or, constate l’analyste, "il n’est pas encore clair" que toutes les forces politiques - et en particulier le Parti de la liberté de M. Berlusconi - se rangeront derrière l’ancien commissaire européen pour mettre en œuvre le programme de réformes réclamé par l’Union européenne. " Ce qu’on attend du gouvernement Monti, ce n’est pas seulement une politique d’austérité, mais des réformes structurelles qui favoriseront la croissance. Si Monti parvient (à les mettre en œuvre), l’Italie aura fait un grand pas dans la bonne direction", estime Fabian Zuleeg.

"Le fait que Monti prenne les choses en main et que la Commission exerce un contrôle sur l’application des mesures va peut-être apaiser les marchés", espère un expert d’un Etat membre. "Si les taux d’intérêt reviennent à 5 %, l’Italie peut survivre", poursuit le même expert.

"L’Italie bénéficie d’une certaine marge, par rapport à d’autres pays, et dépend moins des marchés extérieurs que l’Espagne, par exemple", souligne le Belge Karel Lannoo, chief executive officer du Center for European Policy Studies (Ceps). Et de rappeler qu’au début des années 90, le taux d’intérêt du papier italien était de 10 %. "La dette de l’Italie a toujours été très élevée", complète Fabian Zuleeg. "Un taux de 7 %, c’est inquiétant. Mais l’Italie peut sans doute le supporter pendant un moment, même si ce sera difficile".

Karel Lannoo identifie d’autres raisons de ne pas désespérer de la situation italienne. "Si l’on met à part le problème de la dette, sa situation économique est meilleure que celle de l’Espagne, parce qu’elle dégage un surplus primaire sur les coûts du paiement des intérêts de la dette". L’économie italienne, la troisième de la zone euro derrière l’Allemagne et la France, repose en effet sur un tissu industriel étoffé, tant au niveau des grandes entreprises que des PME. "L’Italie, ce n’est pas la Grèce. Elle dispose d’une certaine richesse, même si elle ne se reflète pas dans ses comptes publics. Mais c’est quand même un pays du G7", rappelle Karel Lannoo.

Néanmoins, un scénario qui verrait l’Italie ne pas être en mesure de rembourser ses créanciers ne peut pas être complètement écarté. "Si l’Italie va dans le mur, on aura non seulement un effet de contagion qui alimentera la spéculation sur le Portugal et l’Espagne. Mais en plus, le poids financier deviendra trop lourd pour les pays qui doivent supporter les Etats en difficulté", avertit Fabian Zuleeg. Déjà menacé, le triple A de la France - dont les banques sont par ailleurs très exposées à la dette italienne - aurait sans doute vécu. "Ce serait très difficile d’enrayer cette spirale. Nous ne pouvons pas nous permettre un défaut italien", poursuit l’économiste de l’EPC. Si l’Italie tombe, elle entraînera l’ensemble de la zone euro dans sa chute. "Les Européens feront tout pour l’éviter", assure l’expert national. "L’Allemagne pourrait peut-être survivre à un éclatement de la zone euro. Mais les autres...".

Reste qu’en l’état actuel des choses, l’économie italienne, qui représente 20% du PIB de la zone euro - contre 2,5% pour la Grèce, pour remettre le problème en perspective - "est trop importante pour être sauvée", déclarait la semaine dernière la ministre autrichienne des Finances, Maria Fekter.

Les quelque 250 milliards toujours disponibles dans le Fonds européen de stabilité financière (FESF) seraient insuffisants pour secourir l’Italie. Les dirigeants des Etats de la zone euro ont certes décidé, fin octobre, de porter la force de frappe du FESF à 1000 milliards d’euros. Mais cette somme n’est pas encore sur la table. Et le soutien des pays émergents à la stabilisation de la zone euro n’est encore qu’une promesse, conditionnée à celle des Européens "de remettre de l’ordre dans leur maison". Pour l’heure, la Banque centrale européenne "tient la baraque", en rachetant de la dette publique, mais à contrecœur.

Bref, comme le souligne un économiste, sous le couvert de l’anonymat, les Européens, et les Italiens en particulier, en sont réduits à "souffler sur la plume, en espérant qu’elle reste en l’air".

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