Italie: "La mafia t'aide, te seconde, t'offre un travail"

Nous voulons battre définitivement la mafia d’ici à la fin de la législature", avait déclaré Berlusconi il y a juste deux ans. Pourtant, la mafia ne concerne désormais plus uniquement le Sud. Détruire le système mafieux, une utopie?

Italie: "La mafia t'aide, te seconde, t'offre un travail"
©cinéart
Valérie Dupont

"Nous voulons battre définitivement la mafia d’ici à la fin de la législature", avait déclaré Silvio Berlusconi il y a juste deux ans. Un conseil des ministres avait été organisé à Reggio Calabria, nid de la ‘Ndrangheta calabraise et le ministre de l’intérieur Roberto Maroni organisait régulièrement des conférences de presse pour rappeler que la saisie des biens aux différents "boss" était l’une des armes les plus efficaces contre la mafia. "Depuis le début de la législature nous avons saisi ou placé sous séquestre plus de 15 000 biens divers d’une valeur d’environ 9 milliards d’euros", déclarait-il en janvier 2010.

Malgré ces annonces et l’image d’un gouvernement fortement impliqué dans la lutte contre les groupes mafieux, les spécialistes restent perplexes. "L’agence de mise sous séquestre des biens de la mafia ne fonctionne pas. Les budgets des forces de l’ordre et de l’anti-mafia instaurées par le juge Falcone sont en diminution. La coopération internationale sur les biens séquestrés à l’étranger est au point mort et la lutte contre la corruption, autre visage de la mafia, est inexistante", explique Roberto Galullo. L’expert des mafias pour "Il sole 24" poursuit : "faire peser toute la responsabilité sur le dos du gouvernement Berlusconi serait une erreur, aucun gouvernement dans le passé n’a vraiment investi dans la lutte contre les mafias. Le motif est simple, je dirais banal : le vote des mafias compte de plus en plus et comptera toujours plus".

Le poids politique de la mafia sicilienne, de la ‘Ndrangheta calabraise et de la Camorra napolitaine serait donc à ce point important ? C’est ce qu’affirme aussi l’écrivain Roberto Saviano, auteur de "Gomorra" et placé sous escorte depuis plusieurs années. "La mafia décide qui elle va soutenir, en fonction de ses propres intérêts économiques ou pour remercier un homme politique Ensuite elle agit. Quand j’étais enfant, le vote s’échangeait contre un emploi dans l’administration par exemple, mais avec la crise, un vote vaut 50 euros maintenant. Le Sud est désespéré, car être prêt à vendre son vote pour 50 euros, est inversement proportionnel à la puissance de la plus grande entreprise italienne, la mafia qui domine tout et dont le chiffre d’affaires tourne autour des 90 milliards d’euros par an", explique le jeune écrivain.

En Sicile, cela fait déjà plusieurs années que les industriels luttent contre la "Pieuvre". Les entreprises qui acceptent le racket des clans mafieux, sans le dénoncer, sont exclues de la confédération des entreprises. Une mesure que la Présidente de la Confindustria, Emma Marcegaglia, a étendu à tout le patronat italien. La mafia ne concerne plus seulement le Sud. Désormais les territoires du Nord de l’Italie sont les lieux privilégiés où les clans peuvent blanchir l’argent gagné avec les trafics d’armes et de drogue.

La société civile a compris que la lutte contre la mafia doit être menée au niveau national. "La mafia ne peut être mise en difficulté que si on l’attaque sur le plan social. Dans le Sud, il n’y a aucune perspective de vie normale, et cela crée un énorme potentiel pour la criminalité organisée. La mafia t’aide, te seconde, t’offre un travail même sans contrat. Un tiers des jeunes est sans emploi et voilà pourquoi c’est utopique de penser détruire le système mafieux", estime Roberto Saviano. "Les opérations des forces de l’ordre affaiblissent les clans, mais si le boss n’est condamné qu’à quelques années de prison, il réussit toujours à conserveur son pouvoir sur le territoire. C’est en donnant un avenir aux jeunes du Sud que l’on arrivera à isoler et combattre la mafia !"


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